30. mai, 2021

Maladie de Crohn, colite ulcéreuse, maladies inflammatoires

Plus de 250 000 personnes, femmes, hommes et enfants, en souffriraient au Canada. Qu’en est-il exactement de ces maladies ? Il faut comprendre que les premiers symptômes de la maladie sont souvent difficiles à identifier. Dans la majorité des cas, le tout commence entre 15 et 25 ans, par des problèmes qui se confondent aisément à ceux d’une gastro-entérite. Il y a des crampes abdominales, de la diarrhée et des vomissements. Puis ces symptômes s’estomperont, toujours comme s’il s’était s’agi d’une infection intestinale. Plus tard, le tout réapparaîtra. Souvent les médecins croiront être en présence d’une réinfection. Le vrai diagnostic pourra prendre un certain temps avant de devenir officiel. Il n’y a pas de tests sanguins qui peuvent détecter spécifiquement la maladie de Crohn. Une radiographie après une coloration au baryum peut souvent corroborer le diagnostic. Sinon une colonoscopie ou une biopsie pourront être requises. Les doutes se clarifieront souvent par d’autres symptômes qui apparaîtront et dont nous parlerons plus loin. Avant d’y arriver, examinons ce que sont ces maladies. 

La maladie de Crohn et la colite ulcéreuse sont deux maladies inflammatoires de l’intestin (MII). Pour bien comprendre les effets de ces maladies, il convient de connaître certaines données importantes concernant ce que nous appelons communément les intestins.  Bien des gens croient que les intestins servent à évacuer ce qui reste de notre alimentation. Voilà une simplification toute aussi erronée que fréquente. Lorsque nous mangeons, déjà dans la bouche débute la première partie de la digestion. La mastication avec l’aide de la salive commencera à digérer les sucres complexes. Puis cette digestion se continuera dans l’estomac où non seulement les sucres, mais aussi les protéines continueront à être dégradés. Dans la première partie de l’intestin grêle (aussi appelé petit intestin), commencera la digestion des graisses sous l’action de la bile qui y est sécrétée par la vésicule biliaire. Les sucres complètement digérés fourniront du glucose, les protéines se transformeront en acides aminés et les graisses en lipides simples. Glucose, acides aminés et lipides (les nutriments) devront être assimilés dans le circuit sanguin pour nourrir l’organisme. Ceux-ci sont récupérés dans le petit intestin surtout au niveau jéjunum et de l’iléon. Finalement, au niveau du colon (ou gros intestin), l’eau et les vitamines que contiennent les aliments sont récupérées et retournées dans le système sanguin. Pour être en mesure de réinsérer tous ces nutriments dans la circulation sanguine, la paroi de l’intestin est hautement vascularisée et formée de milliers de replis qui permettent d’augmenter la surface entre le contenu de l’intestin et les vaisseaux sanguins.

Dans le cas des MII, c’est précisément cette paroi qui souffrira d’inflammation. Pour comprendre ce qu’est une inflammation, il suffit de se rappeler la dernière fois que l’on s’est donné accidentellement un coup de marteau sur un doigt. Une inflammation a alors rendu la peau très rouge, chaude, gonflée et dure. Dans le cas du coup de marteau, nul n’est besoin d’être grand savant pour dire que pour éviter une inflammation douloureuse de la peau du pouce, il est préférable d’éviter de le frapper avec un marteau. Dans le cas de la maladie de Crohn ou de la colite ulcéreuse, le problème est qu’on ne connaît pas la cause de cette inflammation. Certains gènes viennent d’être mis en relief, ce qui expliquerait, entre autres, la présence de ces maladies plus fréquentes dans certaines familles que dans d’autres. Les symptômes peuvent varier d’un individu à l’autre tant par leur fréquence que leur sévérité. Les MII sont des maladies chroniques. Il n’existe pas, à ce jour de traitements, de médicaments ou de conseils alimentaires capables d’arrêter définitivement la maladie. Cependant, selon les cas, des chirurgies peuvent être pratiquées ou des médicaments à base de cortisone, comme la prednisone qui doivent être administrés avec prudence surtout s’il s’agit d’un traitement sur une longue période. D’autres anti-inflammatoires peuvent aussi être utilisés. L’objectif premier est de diminuer l’inflammation et de contrôler les douleurs. À cet arsenal, il faut ajouter les antibiotiques, la sulfasalazine et le 5-AAS, les immunosuppresseurs, les stéroïdes et les médicaments biologiques. D'autres techniques peuvent aussi aider les personnes souffrant de MII.

Cependant d’autres impératifs s’ajouteront. Ainsi, comme nous l’avons vu, le rôle premier de l’intestin est de récupérer les nutriments (glucose, acides aminés, lipides, vitamines et eau) essentiels à la survie de l’organisme. Lorsque la paroi de l’intestin souffre d’inflammation, cette absorption devient très difficile si bien que les patients souffrant de la maladie de Crohn, par exemple, pourront perdre rapidement beaucoup de poids. Ils seront aussi plus enclin à souffrir d’anémie (manque de fer dans le sang) et d’autres troubles de déficit alimentaire. Une des façons d’aider ceux qui souffrent de ces affections est de définir des diètes qui permettront d’éviter le plus possible ces carences.

Ceux qui sont atteints de MII doivent de plus surveiller d’autres manifestations. Chez les adultes, nous rencontrons surtout de l’arthrite douloureuse surtout dans les grandes et moyennes articulations, diverses inflammations de la peau (par exemple de l’érythème noueux, nodules rouges apparaissant sur la partie avant des jambes) et des yeux (épisclérite et uvéite). L’épisclérite est une inflammation de la partie blanche de l’œil. Elle n’est pas douloureuse et ne porte pas à conséquence. Par contre l’uvéite est une inflammation de la partie colorée de l’œil qui peut être douloureuse et même conduire à la cécité.  Chez les enfants, les symptômes principaux se situent d’ailleurs au niveau de ces manifestations extra-intestinales (inflammations de la peau et des articulations) et parfois même ils n’auront ni crampes abdominales, ni diarrhée. Un autre symptôme chez eux est une croissance qui soudainement se ralentit.

Il semble que le Canada possède une des incidences les plus élevées au monde de la maladie de Crohn sans qu’on en connaisse vraiment la cause. Ceux qui en souffrent doivent s’assurer d’obtenir un diagnostic précis dans les meilleurs délais, ne serait-ce que pour éviter de passer d’un traitement à un autre sans obtenir de résultats. Une fois le diagnostic trouvé, le patient devra établir une bonne relation de confiance avec son médecin traitant. Ce n’est pas toujours facile car les patients, devant des résultats parfois décevants, sont tentés soit d’abandonner les traitements ou encore de se tourner vers des thérapies dites alternatives. C’est profondément humain que de chercher l’espoir partout où l’on peut. Il convient cependant de conserver un certain réalisme et d’informer son médecin traitant de toute thérapie ou potion plus ou moins naturelle que l’on serait tenté d’essayer. En adoptant une telle attitude, si des changements surviennent dans l’évolution de la maladie, il devient possible de réagir à temps. Sinon, on doit se fier à ce que nous appelons la pensée magique. Les résultats sont alors aussi imprévisibles que dangereux.  Pour une information fiable : https://crohnetcolite.ca/