13. juin, 2021

Les « vieux » et leurs devoirs

Ne nous offusquons pas d’entrée de jeu ! L’utilisation du mot vieux est ici prise dans sa définition littérale : qui a vécu longtemps. Eh oui, nous avons vécu longtemps. Personnellement, j’approche les 73 ans. La période que nous traversons et celles qui s’en viennent, nous fournissent bien des raisons de vivre plus longtemps et surtout de vivre plus heureux pendant plus d’années. Par rapport à celles et ceux qui nous suivent et qui sont plus jeunes, nous, les plus âgées avons un avantage énorme : l’expérience. Durant notre existence, nous avons dû affronter de nombreux et variés obstacles : décès d’êtres chers, revers de fortune, maladies, pertes d’emplois, déménagements, etc... Et surtout, nous avons réussi à y survivre. Nous avons donc réussi à durer malgré bien des changements. Qui plus est, nous formons aujourd’hui une grande partie de la population. En 2020, le Québec comptait 2 800 centenaires et tout près d’une personne sur cinq était âgée de plus de 65 ans. Cette force que nous avons tant en termes d’expérience que de nombre, nous offre l’occasion extraordinaire d’en faire profiter tous nos concitoyens. Nous, les personnes âgées, pouvons avoir un rôle immense dans le succès de l’après pandémie. Nous devons utiliser nos savoirs et nos vécus pour aider notre société à se relever des conséquences psychologiques, physiques et sociales qu’aura eu cette pandémie sur l’ensemble de la société. Quelle forme cette utilisation de nos expériences va-t-elle prendre ? Cela reste à déterminer et c’est à nous de la trouver. Et, cette idée m’a rappelé un livre que j’ai eu le bonheur d’écrire avec le psychiatre Edouard Beltrami. Le livre s’intitule Prévenir le burnout, s’en sortir et survivre à la guérilla administrative et est paru en juin 2005 aux Éditions Logiques. En voici donc un extrait :    

Comment développer des attitudes saines.

Généralement, les individus vont développer deux attitudes face à une maladie ou à un événement particulier. C’est ce que les anglophones appellent le locus of control. Certaines personnes vont penser ou sentir qu’ils sont contrôlés par l’extérieur et vont vouloir que l’extérieur change avant de faire quoique ce soit.  Ils ont l’impression que les facteurs extérieurs à eux sont responsables de leurs problèmes et tentent de trouver à l’extérieur des personnes, médecins ou autres, pour les aider. Ces gens-là fonctionnent beaucoup moins bien que ceux qui situent leur lieu de contrôle à l’intérieur d’eux-mêmes. Ces derniers vont plutôt réfléchir en se disant qu’ils viennent de subir une épreuve qui va leur permettre de découvrir leur force interne. Ceux qui pensent ainsi s’en sortent mieux.  Toute lecture et toute forme d’apprentissage qui va favoriser cette forme de pensée va aussi favoriser une guérison plus rapide et surtout plus définitive.  Il faut bien savoir que des épreuves difficiles sont inexorables et les changements inévitables. Bien des gens cultivent malheureusement l’illusion de la stabilité au travail et dans leur vie. En entrant au service d’une grosse compagnie, ils veulent croire qu’ils ont l’assurance de ne jamais manquer de travail s’ils font correctement leur boulot. Mais le monde n’est pas immobile et ils devront réaliser que des changements peuvent et vont survenir. Certains de ceux-ci leur seront favorables et d’autres, défavorables. D’ailleurs lors d’un séminaire sur le changement, le directeur de la compagnie informatique DELL qui vend ses ordinateurs quasiment uniquement par la poste, s’étonnait qu’on se pose encore des questions sur le changement. Dans son entreprise, depuis le tout début, il n’avait vécu que du changement et que son entreprise s’était d’ailleurs bâtie que sur le changement. Une autre attitude gagnante s’appelle bénévolat.  Les chercheurs se sont vite aperçus que les personnes qui se vouent à une cause s’en sortent en général bien mieux que les autres. Nous l’avons déjà souligné, un peu d’altruisme fait parfois toute la différence. Lorsqu’on a voulu aider les jeunes qui éprouvaient des tendances suicidaires, nous leur avons dit : « Un être humain, n’est pas une île déserte. Plus un être humain est loin des autres, moins il est connecté aux autres, plus il a de difficultés à s’en sortir. »  Les liens sociaux, la famille, le travail, l’église, les clubs sociaux ou sportifs sont tous des moyens pour éviter l’isolement. Il faut aussi comprendre que l’autre, même s’il a des défauts, même s’il ne convient pas parfaitement à mes attentes, va quand même m’aider personnellement. Il est possible d’apprendre autant sinon plus des gens qui présentent des imperfections que des autres qui nous semblent parfait. Comme la perfection n’existe pas, il est probablement plus efficace de tenter de nous entendre avec les gens qui nous entourent et de leur trouver des qualités. Évidemment, il est plus difficile d’être optimiste en période de burnout mais tout livre optimiste que vous lirez vous aidera. De plus si on peut trouver un sens à nos souffrances, on s’en sort beaucoup mieux comme l’ont montré les rescapés des camps de concentration. Preuve que l’être humain peut toujours tirer des leçons même à partir des pires horreurs.