19. juin, 2021

La nouvelle devise du Québec : Je me souviens de ce que je veux bien

Le célèbre auteur, poète et parolier français Hervé Desbois écrivait : « La vie est un bon professeur. Encore faut-il savoir l’écouter ». Malheureusement, ces mots ne semblent pas avoir traversé l’Atlantique et amerri au Québec. Un exemple parmi tant d’autres : au début des années 2000, le gouvernement du Québec décidait d’assainir les dépenses en santé. Le terme utilisé (assainir) était en réalité un euphémisme qui se traduisit, entre autres, par le remplacement des médicaments brevetés (aussi appelés médicaments d’origine) par des médicaments génériques. Avec cette réforme et le courant de mondialisation qui faisait alors rage, les grandes compagnies pharmaceutiques dont les sièges sociaux, les laboratoires de recherche et les usines de fabrication se trouvaient surtout au Québec, ont déménagé leurs pénates dans des endroits du globe où les coûts en recherche et développement étaient moins élevés et où ils pouvaient vendre leurs produits à meilleurs coûts. Cela prendra près de deux décennies avant que des structures de recherche puissent à nouveau émerger dans notre province. Voilà une preuve bien sentie que le prix le plus bas n’est pas toujours la meilleure solution. Nous traversons une pandémie où le rôle des vaccins est primordial. Mais, nous n’avons plus d’usine de production. Alors nous importons ces vaccins d’autres pays qui, eux, ont préservé leurs centres de recherche et de production de médicaments. Cependant, à quel coût avons-nous obtenu ces vaccins ? Ce léger détail n’est pas encore rendu publique…

Une annonce en catimini

Mardi dernier, c’était jour de fête au Québec. Notre premier ministre allait enfin annoncer son programme de déconfinement. Déjà depuis la veille, des coulages orchestrés dans les médias assuraient une omniprésence médiatique de cet événement tant attendu. Lundi le 17 mai 2021, mardi le 18 mai et mercredi le 19 mai, les médias ne parleraient et n’écriraient pratiquement que sur ce déconfinement. Alors quelle aubaine que de pouvoir profiter de ce tsunami médiatique favorable au gouvernement pour annoncer par un communiqué de presse : Le ministre Christian Dubé annonce un virage vers les médicaments biosimilaires ( https://www.newswire.ca/fr/news-releases/le-ministre-christian-dube-annonce-un-virage-vers-les-medicaments-biosimilaires-886898453.html ). C’était probablement certain dans l’esprit des stratèges en communication du Ministère que cette annonce n’allait pas provoquer trop de remous dans l’opinion publique.

Pourtant un débat s’impose

Lorsqu’il avait été question de prioriser les médicaments d’origine par les médicaments génériques au début des années 2000, la réponse était purement économique : d’origine ou génériques, l’un était la copie conforme de l’autre. Une fois que l’acide acétylsalicylique était connu (la fameuse Aspirin©), on accordait un brevet d’une durée prédéterminée au fabricant pour qu’il puisse récupérer les sommes qu’il avait investies en recherche et développement de ce produit, après quoi tous les autres laboratoires pouvaient fabriquer le même produit et le vendre à moindre coût.

Biologiques ou biosimilaires ? La question à plusieurs millions de dollars. D’abord un peu de sémantique pourra nous jeter un premier éclairage. Un médicament biologique est fabriqué par des cellules vivantes d’où son nom de biologique. Un exemple facile, d’actualité et grandement simplifié ici : les vaccins. Ils sont fabriqués par des cellules en culture à qui l’on présente une bactérie ou un virus. Puis les antigènes seront extraits de ces cultures, purifiés et inactivés avant d’être mis en fioles et distribués comme vaccin. Les vaccins sont donc des médicaments biologiques et, en passant, leurs prix sont tout-à-fait abordables. Il existe des médicaments biologiques très dispendieux et ce sont de ceux-là dont il est question. Leurs implications monétaires peuvent devenir un frein aux traitements. Il faut bien lire peuvent devenir un frein et non représentent un frein aux traitements. Car il existe des solutions qui permettraient à toutes les parties d’y trouver leur compte : les gouvernements qui doivent dépenser avec économie, les compagnies pharmaceutiques qui doivent rentabiliser les coûts reliés à la recherche et à la fabrication de ces médicaments et, on l’oublie trop souvent, le patient qui en a besoin. Tous ces gens sont prêts à négocier de bonne foi une formule où tous en sortiraient gagnants. Mais il faut leur accorder l’occasion d’avoir ce débat.

La solution

Comme je l’écrivais le 13 mai 2019 dans le HuffPost : « Bien humblement, plutôt que de s’enliser dans les grands discours de ce qui serait le mieux entre biologique ou biosimilaire, je suggèrerais qu’on assoit à la même table : le MSSSQ, les pharmaceutiques et… les patients (peut-être via le bureau des usagers) afin que tous présentent leurs arguments. Pour assurer le succès d’une telle entreprise, deux conditions sine qua none s’imposent.

1)      Les dés ne doivent pas être pipés.

En d’autres termes, les prémisses de départ ne doivent pas s’appuyer sur des préjugés et ne doivent pas être une tentative de camoufler sous les traits d’une consultation une finalité non avouée de promouvoir tous azimuts un « non-medical switch », ce qu’on pourrait traduire par un changement de médicament qui ne répond pas à des objectifs strictement médicaux.

2)      Chacune des parties doivent être équitablement entendus (nombre et durée des interventions)

Il faut se rappeler que l’objectif ici n’est pas d’éliminer les médicaments biologiques pour les remplacer par des biosimilaires. Il faut en arriver pour le bien-être des patients à une saine coexistence de ces médicaments.

En résumant, on pourrait dire qu’il faut continuer à favoriser le médicament biologique de référence si nous voulons encourager la recherche de nouveaux médicaments ou de nouvelles applications à des médicaments existants tout en laissant un espace pour les biosimilaires afin de maintenir une saine pression sur les prix. » ( https://quebec.huffingtonpost.ca/jacques-beaulieu/medicament-biologique-biosimilaire-generique-patient_a_23715467/ )

Y a-t-il une oreille pour le patient dans ce ministère ? Ou, ferons-nous comme au début des années 2000 lors du passage aux médicaments génériques non pas en ménageant mais plutôt en sacrifiant la chèvre et le chou ?  Souvent, on se souvient de ce qu’on veut bien et on oublie ainsi les erreurs du passé. C’est pourquoi tant dans le passé que dans le présent, on en arrive à oublier le patient qui a besoin de ces médicaments. Pouvons-nous espérer que cela change dans le futur ? La réponse nous appartient ministre, pharmas et… patients.