20. août, 2021

Paroles et paroles

Ces mots proviennent d’une chanson interprétée par Alain Delon et la grande chanteuse au destin tragique : Dalida. Selon Wikipédia : « Les paroles (de cette chanson) décrivent la conversation d'un homme offrant à une femme "des caramels, des bonbons et du chocolat" suivie d'une pluie de compliments, à ce qu'elle dit, ils ne signifient rien pour elle car ce ne sont que des "paroles" – des mots vides. »

Il serait facile, trop facile, d’établir un lien avec nos politiciens en songeant à cette chanson. On a parfois l’impression qu’ils ne font que trouver et prononcer les bons mots, ceux qui augmenteront leurs cotes de popularité afin de conserver le pouvoir le plus longtemps possible. D’autant plus que, bardés d’une horde de spécialistes en communication, ils savent trouver LE mot qui sera le plus bénéfique ou sinon celui qui sera le moins terrifiant pour la population. J’en prends comme exemple contemporain le mot « enjeu » qui a remplacé celui de « problème » dans le discours gouvernemental. Un enjeu est, selon le dictionnaire Larousse : « Ce que l'on risque dans un jeu, en particulier une somme d'argent, et qui revient au gagnant. Ce que l'on peut gagner ou perdre dans une entreprise quelconque : L'enjeu du match est le titre de champion du monde. ». Mais, il est plus rassurant pour le bon peuple d’entendre parler des multiples « enjeux » de notre système de santé que de ses multiples « problèmes ».

Mais le problème (puisqu’il est préférable d’utiliser le mot juste), me semble beaucoup plus grave. Je crois sincèrement que la plupart des politiciens veulent changer et améliorer les choses. Quand notre ministre de la Santé parle de changements majeurs qu’il apportera au système de santé, il le fait le plus sincèrement du monde. Quand notre ministre des Aînés affirme qu’elle veut accélérer la construction de nouvelles résidences, nul ne doute de sa sincérité. Mais l’un et l’autre sont confrontés à des problèmes majeurs. Pour le ministre de la Santé, il s’agit de la taille du monstre qu’il dirige. Changer de cap pour un canot se fait en quelques coups d’avirons, mais lorsqu’il s’agit du Titanic, l’exercice est bien plus complexe et parfois, malheureusement, tragiquement, voué à l’échec. Nous l’avons vu au siècle dernier dans le naufrage bien réel du gigantesque paquebot (autour de 1 500 morts) et nous le vivons aujourd'hui avec la Covid 19 et les personnes âgées (plus de 10 000 morts). Sans un changement de cap le plus rapide possible pour le vaisseau appelé MSSSQ, d’autres icebergs et d’autres problèmes resurgiront et produiront d’autres hécatombes. Le ministre veut bien changer les choses, mais les trois mots clés de ce changement : dépolitisation, décentralisation et démocratisation, s’écrivent beaucoup plus facilement qu’ils ne se réalisent.

C’est ce qui m’a rappelé cette chanson et qui m’a fait réfléchir sur les nombreux mots que j’ai pu écrire durant ma carrière. Un livre fait environ 50 000 mots, j’en ai écrit 38 ce qui arrive au total de 1 900 000 mots et un article contient autour de 1 000 mots. Pour mes 500 articles, il faut donc en ajouter 500 000. En carrière, j’aurai donc écrit autour de deux millions et demi de mots.  C’est pourquoi, je comprends bien cette chanson : Paroles et paroles et paroles, et j’ai l’impression que nos gouvernements ne nous offrent souvent que des caramels, des bonbons et du chocolat.

Car c’est toujours plus facile d’écrire des mots que de s’attaquer à régler effectivement des problèmes. Mais, n’empêche que les mots ne sont pas vains. Dans l’ordre de la création et de l’innovation, il y a d’abord une idée que l’on exprime en mots. Pour atteindre le succès, il faut en plus traduire ces mots en actions. Et c’est là que, trop souvent, le bât blesse.

Que ces vacances estivales puissent apporter à nos gouvernements le courage et la ténacité nécessaire pour enfin adopter des mesures draconiennes et amener enfin leurs vaisseaux à bon part.