5. sept., 2021

Permettez-moi

En cette fin de semaine qui pour plusieurs clôture les vacances, permettez-moi de vous présenter mon dernier-né. Il arrive après 37 autres livres et il s’intitule : Ma vie au temps de la pandémie.  J’en suis très fier et ce pour trois raisons majeures.

Laisser une trace

La première de ces raisons tient de la fierté personnelle. Nous traversons, bien malgré nous, une période historique. Depuis la tristement célèbre grippe espagnole (1919-1921), il n’y avait jamais eu de si grande pandémie que celle que nous vivons. Je voulais vraiment laisser mon empreinte d’auteur durant ce fléau qui nous touche tous encore.

Laisser un témoignage

En réalité, ce sont 52 témoignages que j’ai recueillis auprès de résidents et de personnes travaillant en résidence pour personnes âgées (RPA). Un grand merci encore à M. Luc Maurice pour m’avoir si généreusement ouvert les portes de ses résidences.

Laisser un message

Les personnes âgées ont été les premières et les plus nombreuses victimes de cette pandémie, particulièrement durant ce qu’il est convenu d’appeler la première vague de la Covid-19. Combien de personnes m’ont-elles confié à l’été 2020 qu’elles ne voudraient absolument pas devoir traverser une deuxième vague. Comme pour montrer toute la résilience dont sont capables ces personnes, au moment d’écrire ces lignes, nous avons traversé la troisième vague et une quatrième pourrait se poindre à l’automne. Les probabilités sont encore plus grandes parce que tout un pan de la population hésite à se faire vacciner au moment où de nouvelles souches plus contagieuses se répandent.

Faire un constat

À la suite de tout ceci, je ne peux qu’admirer la force de nos personnes âgées dont je suis encore plus fier de faire partie. Nous avons réussi à subir l’isolement, le confinement et toutes les mesures d’hygiène qui nous ont été imposées. Nous avons réussi à adapter notre vie, notre profession et nos habitudes à ce nouvel environnement social qui était désormais le nôtre. Non seulement y avons-nous survécu mais nous en sommes sortis grandis. Pour plusieurs d’entre nous qui étaient pratiquement ignorants de l’informatique, des réseaux sociaux et des nouveaux moyens de communication, nous avons été initiés aux facetime, zoom, teams, etc.   

Prendre des résolutions

En réalité, nous avons gagné en autonomie. Nous sommes, il faut se le rappeler, les contestataires des années 1960. Nous avons vu naitre l’assurance-maladie, les grandes réformes scolaires et la laïcisation de l’état. Tous ces concepts, avec ce qu’ils ont offert de bon et de mauvais, étaient tout-à-fait impensables avant les années 1960.

La pandémie nous aura appris que nous sommes capables de remettre l’épaule à la roue. Et il faudra le faire. Notre système de santé a besoin de sérieux changements. Il est fini le temps où il suffisait de changer les noms de Régies régionales en celui d’Agences de santé puis encore plus récemment en CIUSSS pour noyer le poisson et montrer qu’on a fait des changements. C’est à nous qu’il incombe, à nous les personnes âgées, de s’assurer que la prochaine réforme en sera une réelle. Et ce sera à nous de prendre les moyens pour être sur la table de conseil pour élaborer cette réforme et s’assurer qu’on ne tente pas une, énième fois, de camoufler sous un langage administratif des changements factices. C’est nous que le ministre de la Santé devra consulter parce que nous avons été là à l’origine de ce système, durant ce demi-siècle et plus d’opération et encore aujourd’hui. Et c’est nous qui avons encore le plus besoin. Notre présence à toutes les étapes de ce renouveau est donc essentielle.

Au niveau fédéral aussi, notre présence s’imposera rapidement. Avec les changements qu’Ottawa désire obtenir en fixant de nouvelles règles d’établissement des prix des médicaments brevetés, ce sont nous, les personnes âgées qui en feront majoritairement les frais. En effet, une courte recherche révèle que : « Selon une association bien établieNote8,Note10,Note20, la consommation de médicaments sur ordonnance augmentait avec l’âge, celle-ci passant de 12 % chez les 6 à 14 ans à 83 % chez les 65 à 79 ans. » ( https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/82-003-x/2014006/article/14032-fra.htm ). Le CEPMB (Conseil d’évaluation du prix des médicaments brevetés) se fait tirer l’oreille depuis plus d’un an pour ouvrir une réelle table de concertation avec, entre autres, les représentants des compagnies pharmaceutiques. Il faut aussi que les personnes âgées siègent à cette table. Nous étions là avant la mise en place des programmes d’assurance médicaments et nous nous rappelons bien cette époque, pas si lointaine, où l’on devait se passer de médicaments parce que nos salaires ne pouvaient pas nous permettre de les acheter. C’était l’époque où il fallait parfois choisir entre un demi-panier d’épicerie et une prescription d’antibiotiques. Nous ne voulons pas retourner là, mais nous ne voulons pas non plus, que nos grandes pharmaceutiques ferment leurs portes ici et aillent toutes s’installer ailleurs, là où ils pourraient tirer meilleur profit de leurs nouveaux médicaments. Car nous en avons besoin. Nous l’avons tristement constaté avec la présente pandémie. On peut se demander quel prix nous auraient coûter ces vaccins s’ils avaient été découverts et fabriqués ici. Ce sera bien difficile à comparer au prix que nous avons payé, puisque nous ignorons ce prix.

Un titre qui m’a ému

L’idée du titre : Ma vie au temps de la pandémie m’est venu du titre d’un autre livre : L’amour au temps du choléra, de  Gabriel Garcia Marquez. Dans ce livre, l’auteur décrit la vie de Florentino qui s'efforce de se faire un nom et une fortune pour mériter celle qu'il ne cessera d'aimer, en secret, pendant cinquante ans. Bien humblement, moi, j’aime les gens de ma génération et pendant ces 50 dernières années, j’ai tenté d’être utile à notre société. Et la plus extraordinaire chose que j’ai réalisé après l’avoir écrit, c’est que, comme des centaines de milliers d’autres personnes de plus de 70 ans, je suis encore en mesure d’agir. Et, avec les réformes qui s’annoncent à la suite de cette pandémie, il ne manquera certainement pas d’action. Comme disait le proverbe : Qui m’aime me suive ! P.S. : Cette expression a vu le jour au XIVème siècle : alors que le roi Philippe VI partait en guerre, il lança cette phrase aux barons afin qu'ils l'accompagnent au combat. ( https://www.linternaute.fr/expression/langue-francaise/19444/qui-m-aime-me-suive/#:~:text=Cette%20expression%20a%20vu%20le,d'autres%20%C3%A0%20nous%20suivre. ).

Ma vie au temps de la pandémie, maintenant en librairies.