11. sept., 2021

Un sport national

Nous aurions voulu en faire une nouvelle discipline olympique, mais nous sommes arrivés en retard. C’est dommage car nous y aurions certainement remporté l’or, Et l’une des raisons de ce succès raté est notre très longue expérience en la matière. Celles et ceux qui penseront que les propos contenus dans cet article s’appliquent à notre actuel gouvernement sont dans l’erreur. Cette discipline jouit ici d’une longue, trop longue, expérience et c’est probablement pourquoi   nous y excellons. La question se pose : sommes-nous devenus les champions de la procrastination ?

Une définition qui en dit long

Si l’on se fie à Wikipédia : « La procrastination (du latin pro « en avant » et crastinus « du lendemain ») est une tendance à remettre systématiquement au lendemain des actions (qu’elles soient limitées à un domaine précis de la vie quotidienne ou non). Le « retardataire chronique », appelé procrastinateur, n’arrive pas à se « mettre au travail », surtout lorsque cela ne lui procure pas de satisfaction immédiate. » ( Procrastination — Wikipédia (wikipedia.org) )

La procrastination, en mode du Québec

Sans se résoudre à réécrire l’histoire de notre belle province, il semble que cette engeance fit son apparition vers le début des années 1970. Bien sûr, les années 1960 avaient vu naître la   révolution tranquille avec le fameux Maître chez nous. Puis arriva en 1970, avec le Parti Québécois, la notion d’étapisme. Les choses importantes, telles l’indépendance du Québec, la raison d’être de ce nouveau parti alors, ne pouvaient plus se faire que par étapes. Et d’une étape à l’autre, d’un référendum à un autre, ce grand rêve d’une nation s’étiola au point de perdre tout intérêt. En somme, l’étapisme se résume à quatre grandes périodes : 1) un problème se pose, 2) une solution est proposée, 3) un plan d’action est promis et 4) on laisse le temps passer.

Quelques exemples concrets

En 2016, l’État québécois comptait un peu moins de 50 000 fonctionnaires, Aujourd’hui, il en compte plus de 55 000 et ce malgré la volonté du présent gouvernement de réduire le nombre de ses employés.  L’étape 1) identification du problème : trop de fonctionnaires a eu lieu, l’étape 2) la solution a été proposée : réduire par attrition 5 000 postes dans la fonction publique. Puis le temps a passé et une pandémie est arrivée. Bien sûr, on ne parla plus du problème d’obésité de notre fonction publique. Un autre exemple : l’accès à un médecin de famille au Québec. Avec toutes les annonces faites par tous les gouvernements depuis la création même de l’assurance-maladie, on pourrait croire qu’il s’agisse là d’un problème du passé, Malheureusement, il semble bien que non. Combien d’autres exemples pourrions-nous citer ? La violence conjugale ? La DPJ ? Les guerres de gang de rues ? Les CHSLD ? Etc, etc,,,

La formule perdante

Première étape : le gouvernement annonce qu’il fera une importante annonce durant les jours qui suivent. Étape 2 : le gouvernement fait son annonce : par exemple, il investira X centaines de millions de dollars pour régler le problème. Étape 3 : on attend. Arrivé à ce point, bien des choses peuvent se passer. Les cordons de la bourse gouvernementales ne se dénouent pas si facilement. L’argent tarde à se rendre à destination. Autre facteur aggravant, entre temps apparaît un nouveau problème, exemple : une pandémie. Autre forme de la formule perdante: l’usure du temps : le temps passe et le problème passe aux oubliettes. Un exemple : un article paru en 2001 dans les médias relatait un nombre effarant de féminicides. En juillet 2001 (il y a donc 20 ans) on dénombrait au Québec 10 féminicides. J’avais à cette époque co-signé un livre et écrit une pièce de théâtre de prévention sur ce fléau social. Le tout est paru le 8 septembre 2001. Évidemment, les événements du 11 septembre 2001 reléguèrent le problème de la violence faite aux femmes aux oubliettes. Quand en 2021, on faisait le même constat quant au nombre de féminicide, je représentai l’idée d’une pièce de théâtre de prévention sur ce sujet à la ministre déléguée à la condition féminine. Celle-ci, après quelques semaines (un temps de procrastination normal) me recommanda de présenter le projet au ministre de l’Éducation. Après quelques semaines, celui-ci m’indiqua qu’il fallait que je présente cette idée dans les CSS (Centres de services scolaires, le descendant des anciennes commissions scolaires), Ce que je fis, mais je n’obtins aucune réponse ni même un accusé de réception de ces hautes instances. Puis, on apprit dans les médias que le CSSDM (Centre de services scolaire de Montréal) avait été mis sous tutelle, Probablement que la personne responsable du dossier à l’éducation à la sexualité n’a pas cru bon de prêter attention à mon dossier en de telles circonstances. Par politesse, je tairai ici son nom,

Une autre stratégie consiste à annoncer de gigantesques montants, par exemple 2 milliards de dollars en n’insistant pas sur le fait que ces argents seront versés sur une période de 5 ans par exemple. Il s’agit alors en moyenne de 500 000 000 par année qui seront soupoudrer à travers la province jusqu’à ce que de nouvelles priorités ne viennent arrêter le projet. Finalement, nous pouvons ajouter aux maux de la procrastinations les interprétations budgétaires. Un exemple. Supposons qu’une innovation dans le domaine de la médecine coûte un million de dollars et que sa mise en application fasse économiser 5 millions de dollars au MSSSQ. Versera-t-il le million de dollars ? La logique mathématique suggérerait que oui ? Mais le budget pourrait en décider autrement, En effet, le million dépensé est un réel million, tandis que les 5 millions économisés ne sont pas des argents qui entreront dans le système. Alors il est tentant de reporter la dépense du million au prochain budget. Et l’innovation ne verra pas le jour ici. 

Le mot de la fin

Il appartient au « retardataire chronique », appelé procrastinateur, qui n’arrive pas à se « mettre au travail », surtout lorsque cela ne lui procure pas de satisfaction immédiate. Ceci ne ressemble-t-il pas à toutes ces demandes d’augmentations salariales auxquelles nous assistons ?

En bon procrastinateur québécois, je remets donc à une prochaine chronique les solutions cette situation historique : les 3 D : dépolitiser, décentraliser et démocratiser. On pourrait même procéder par étapes…