19. sept., 2021

Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?

Cette question a été posée, chantée et même cinématographiée à de multiples reprises. Pourtant elle conserve encore toute sa pertinence, particulièrement en cette période d’une pandémie aux multiples déferlantes. Oui, le monde change, et à quoi ressemblera-t-il demain, cela nous l’ignorons. Pourtant ce ne sont pas les indices qui manquent. Deux exemples à nos portes : le climat et la santé.

Les changements climatiques.

Loin d’être un expert en climatologie, mes études universitaires en biologie au début des années 1970, m’avaient rapidement appris que nous ne pouvons vivre que qu’une quarantaine de jours sans nourriture, quelques jours à peine sans eau et moins de cinq petites minutes sans air. La pollution a déjà altéré la qualité de l’air, le réchauffement climatique jouera certainement un rôle sur la qualité et la quantité d’eau nécessaire à tous les humains. Quand aux aliments, la pandémie actuelle nous a fait constater à quel point nous étions interdépendants d’une nation à une autre en termes d’approvisionnements. Les grands jardins d’hier s’enflamment tant au sud, en Californie qu’à l’ouest. Nous serons donc tous appelés sur le plan biologique à trouver des solutions, même si celles-ci s’annoncent drastiques. Sinon, ce sera la survie de notre civilisation qui sera compromise.

Les changements en santé.

Alors qu’au début des années 1900, l’espérance de vie d’un être humain se situait à environ 50 années, aujourd’hui elle tourne autour de 87 ans. De plus, nous nous sommes dotés de mesures sociales qui rendent les services de santé plus accessibles à l’ensemble de notre population. Alors qu’avant la fin des années 1960, plusieurs ne pouvaient se permettre de consulter un médecin ou encore moins de se faire hospitaliser faute de moyens financiers, aujourd’hui avec l’assurance-maladie et l’assurance médicament, la pauvreté n’est plus le frein qu’elle avait été auparavant. Mais, tout comme pour la climatologie, nous avons l’impression d’être au bord du gouffre. Et, à bien des égards, nous le sommes. Pourtant, ce n’est pas par manque de connaissances. Un exemple : la vaccination. Jamais dans l’histoire de l’humanité n’avions pu mettre au point un vaccin en moins d’un an contre un virus responsable d’une pandémie. Les niveaux de connaissance ayant augmenté énormément, et un effort mondial sans ménagement ont permis cet exploit unique dans l’histoire. Encore ici deux facteurs : l’argent et l’idéologie. Bien des pays ne disposent pas des ressources financières pour vacciner leurs populations. Et dans les pays mieux nantis, ce sont des pseudos valeurs de liberté individuelle qui empêchent de rendre obligatoire une vaccination qui nous permettrait de nous protéger tous, individuellement et collectivement. Même nos grands syndicats, ces valeureux protecteurs des plus pauvres et desopprimés ne parviennent pas à se mettre d’accord pour imposer à leurs membres un passeport vaccinal.  Il faudrait que quelqu’un leur explique que la vaccination protège tous les vaccinés qu’ils soient patrons ou employés.

Le système de santé a, quant à lui, besoin d’un énorme changement. Le temps de poser un diachylon sur chaque bobo du système est terminé. Il faut procéder à des amputations qui seront certes douloureuses mais néanmoins nécessaires pour mettre fin à cette gangrène qui finira par tuer le système lui-même. Nous avons ici un nombre de fonctionnaires qui frôle les premiers rangs à l’échelle mondiale et qui, contre toute logique, ne cesse d’augmenter. Il faut que cela cesse. Au fil des ans, nous avons aussi hypercentralisé ce système. Viendra un jour où avant de poser un diachylon sur un bobo à Val d’or, il faudra la permission écrite du ministre de la Santé envoyée bien sûr par fax à l’hôpital local qui la fera parvenir à la secrétaire du médecin traitant qui, comble de malheur pour le patient, vient lui-même de faire parvenir au Ministre sa décision de prendre sa retraite. Et bien sûr, il n’y a pas de successeur à ce médecin. Aucun des centaines de milliers de fonctionnaires n’aurait pu s'imaginer qu’un médecin qui prenait du service dans les années 1960 serait arrivé à l’âge de la retraite aujourd’hui. Que voulez-vous, on ne peut pas tout prévoir. Trêve d’ironie, il n’empêche qu’il est terminé le temps des changements plastiques. Il faudra avoir l’audace de réinventer un système de santé qui tienne compte des besoins du patient. J’ai écrit deux livres à cet effet, l’un avec un médecin qui avait été pendant 25 ans président du Collège des médecins du Québec (Permettez-moi de vous dire, Augustin Roy, 2001) et l’autre avec deux illustres médecins, les docteurs Perrier et Ouellet (Révolutionner les soins de santé, c’est possible, Jacques Beaulieu, 2012). Et l’ombre de la minuscule trace de la première solution proposée : placer le patient à la tête de ce système en créant le Bureau des usagers, ne s’est même jamais rendu au stade d’être sérieusement envisagé. Alors imaginez les deux autres solutions : dépolitiser la santé et décentraliser le système.

Quant à l’accès aux nouveaux médicaments, la pandémie actuelle aura révélé ce à quoi on est confronté lorsque les médicaments ne sont pas découverts et fabriquer ici. L’accès aux vaccins qui a été si chaotique au départ a, heureusement, pu se rétablir au fil des mois qui ont suivi. Mais à quel prix ? Cela, nous ne le savons pas, les ententes entre les gouvernements et les compagnies pharmaceutiques étant confidentielles. C’est bien utile pour l’un et pour l’autre, surtout lorsque le gouvernement est en processus électoral à Ottawa et le sera l’an prochain au Québec. Pourtant, encore ici, a-t-on entendu parler de ces fameuses ententes à être négociées entre le CEPMB (Conseil d’évaluation des prix des médicaments brevetés) ? Les patients et particulièrement les personnes âgées ont-elles invitées à cette table de négociations ? Pourtant ce sont ces personnes qui ont le plus besoin d’un accès rapide aux nouveaux médicaments.

Pour être heureux

Effectivement, il faudra un coup de barre radical pour pouvoir espérer que notre génération et surtout celles du futur aient accès au bonheur. Cela risquera certes de créer un chaos. Mais, le chaos est un terreau fertile, favorable aux changements. Ce sera là l’une des grandes leçons de cette pandémie.