2. oct., 2021

« Mets ta tuque »

Près de 70 ans plus tard, je me rappelle encore cet ordre que me dictait continuellement ma mère avant que je ne sorte de la maison pour aller rejoindre mes amis. Je pris plusieurs dizaines d’années avant de comprendre pourquoi c’était si important pour elle que je porte cette fameuse tuque. Durant les années 1950, lorsqu’un enfant tombait malade et que la fièvre se mettait à grimper, il fallait appeler un médecin. Et cela n’était pas gratuit, il fallait donc aussi payer ce médecin. La santé, à l’époque, c’était aussi une question de budget familial. Avec l’arrivée des années 1970 et l’entrée en vigueur de l’assurance-maladie, cette perspective budgétaire s’estompa. Désormais, consulter un médecin, c’était gratuit. Lorsque la maladie frappait, c’était moins grave car il n’y avait plus de factures ni pour le médecin, ni pour l’hôpital.

Une certaine déresponsabilisation s’installait lentement mais surement parmi la population. Cinquante ans plus tard, nous souffrons encore des conséquences de cette déresponsabilisation. Selon l’opinion trop répandue, si la pandémie persiste, c’est la faute du ministère de la santé qui ne prend pas les bonnes décisions au bon moment.

Et pourtant

Au Québec, au moment d’écrire ces lignes, un demi-million de personnes n’ont pas reçu toutes leurs doses de vaccins. Il s’agit de 500 000 individus qui n’ont pas pris leurs responsabilités individuelles pour se protéger individuellement contre la Covid. Et, de ce fait, ils maintiennent tous leurs proches et l’ensemble de la société à la merci de nouveaux variants de plus en plus contagieux. Aujourd’hui, ma mère dirait : « Va te faire vacciner »   

Le gouvernement

Bien sûr, nos gouvernements ont aussi leurs responsabilités. Notre ministre disait vendredi que faute d’une vaccination complète de l’ensemble de la population, nous devrons apprendre à vivre avec la Covid. Mais notre titanesque ministère est-il capable de répondre à ce que la Covid apportera comme problèmes (ou comme enjeux, si nous ne voulons absolument pas parler de vrais problèmes). Ici trois constats s’imposent.

1)      En décembre 2019, avant même l’arrivée de la Covid, le système de santé était loin de bien fonctionner. Les difficultés à trouver un médecin de famille, les chirurgies reportées, les urgences d’hôpitaux qui débordaient et les pénuries de personnel faisaient déjà parti des problèmes quotidiens du système.

2)      Les CHSLD n’étaient, de toute évidence, pas mieux préparés à affronter de telles éclosions.

3)      À moins de changements radicaux dans la gestion de notre système de santé, cet apprentissage espéré par notre ministre risque bien de s’avérer pour le moins chaotique.

Des groupes de médecins réclament à hauts cris la décentralisation de ce système. Des groupes de patients veulent participer à la gestion de ce système. Et plusieurs espèrent une cogestion publique – privée du système de santé.

Et malgré tout, il semble encore que le ministre et ses hauts fonctionnaires soient toujours aussi convaincus qu’ils sont les seuls et les plus habilités à résoudre les problèmes de notre système de santé. « La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent. » écrivait Albert Einstein. Mais il faut bien l’admettre, il n’était pas fonctionnaire au gouvernement.

Pour résumer : que chacun prenne sa responsabilité de se faire vacciner et que le ministère décide enfin de décentraliser, de démocratiser et de dépolitiser et, probablement, serons-nous mieux équipés pour apprendre à vivre avec la Covid.