18. déc., 2021

Les mauvais et les bons docteurs

En cas d’échec, l’une des stratégies qui s’offre à nos dirigeants est de déplacer le problème. Notre système de santé est en train de sombrer. Cette évidence qui s’impose depuis au moins une dizaine d’années gagne du terrain de jour en jour. Nous espérons tous que la réforme mammouth de l’actuel ministre de la Santé, puisse ramener cet immense paquebot qu’est devenu notre ministère de la Santé et des Services sociaux à flots. Certains esprits cyniques le nommeront le Titanic de la Santé et des services sociaux. Il y a certes des similitudes entre les deux. Le Titanic a été ainsi nommé, car on croyait, à l’époque, qu’il était insubmersible. On a aussi longtemps pensé que nous avions le meilleur système de santé au monde. À preuve, lorsque nous avons créé les CLSC, nous avions invité bien des pays tels la Suède. La France et d’autres à venir apprécier cette huitième merveille du monde. Pourtant aucun de ceux-ci n’a imité notre illustre création dans son pays. En fait, comme il fut dit derrière certaines portes closes, dans leurs pays, il arrive que des personnes aient besoin de soins en dehors des heures d’ouverture normales du lundi au vendredi entre 8h30 et 16h30. Trêve d’histoires, passons à la situation actuelle.

Déplacer le problème

Retards de chirurgie, urgences des hôpitaux continuellement débordées, accès à un médecins de famille, font tous parti des problèmes actuels de notre vénéré système de santé. En attendant la réforme mammouth et surtout ses résultats, il faut trouver une stratégie pour cesser que l’un et/ou l’autre de ces problèmes cessent enfin d’occuper les unes des médias. Le moyen est simple : créer une diversion. Il faut trouver moyen de créer une diversion et élire un bouc émissaire. Et celui-ci fut nommé : les mauvais médecins.

L’habilité de la stratégie

En général, les patients aiment leurs docteurs. Pour que la diversion réussisse, on ne pouvait donc pas entrer en lutte directe contre tous les docteurs. Qu’à cela ne tienne, on parle maintenant des mauvais docteurs. Et pour rassurer les patients, on ajoute : ces mauvais docteurs sont une minorité mais ils sont responsables de tous les maux de la terre du moins ici au Québec. On se croirait dans un mauvais pastiche de la célèbre fable de Jean de La Fontaine qui dans Les animaux malades de la peste écrivait : Haro, cria-t-on, sur le baudet.

Mais qui est-il ce mauvais docteur ? Celui, qui âgé de 78 ans, a décidé de continuer sa pratique mais en ne prenant pas de nouveaux patients, ou encore celui qui œuvre dans un milieu donné avec une clientèle particulière. Avec certains patients, une consultation de 10 minutes ne suffit pas, il faut prendre le temps qu’il faut pour au moins l’écouter. Mais il est vrai que ce n’est pas l’habitude du ministère d’écouter les patients, sinon le Bureau des usagers aurait vu le jour il y a belle lurette, tandis qu’il brille toujours par son absence.

Depuis plus de 40 ans, j’ai travaillé avec des centaines de docteurs et j’ai, depuis une quinzaine d’années, été traité par des dizaines d’autres. Je serais aujourd’hui bien incapable de classer ceux-ci en deux groupes : les bons et les mauvais. C’est vrai que je ne suis pas un fin stratège.

Le temps des solutions est arrivé

Alors, cessons les euphémismes, les diversions et les cataplasmes en tous genres. Il y a urgence en la demeure. S’il vous plait monsieur le premier ministre, cessez cette guerre tout aussi inutile que nuisible avec nos médecins. Comme ancien patient, nous leur sommes reconnaissants et comme actuels et futurs patients, nous avons besoin d’eux.

Nous l’avons vu durant cette pandémie, chaque fois que les Québécois se sont montrés unis dans la lutte, le nombre de cas diminuait. À l’inverse, à chaque dissension, que ce fusse sur le port du masque, le respect des normes sanitaires ou l’hésitation sur la vaccination, il y avait recrudescence de cas.

Alors, dans cet objectif commun de se doter d’un système de santé digne de ce nom, ne provoquons pas de luttes mais plutôt une union de toutes les forces vives et cela comprend les docteurs et, ne les oublions pas, les patients.

Si, médecins et patients, avez des commentaires sur cet article, je serais plus qu’heureux de les accueillir : patient@journallepatientduquebec.com ou encore à jbecrivain@yahoo.ca ou encore en utilisant l’onglet Commentaires au bas de cette page. Merci