Le mot de l'éditeur

5. juin, 2021

Nous avons tous appris à opérer, que ce soit le travail quotidien, pourvoir aux besoins de notre famille ou encore diriger une entreprise ou même un pays. C’est donc du travail et des opérations de chacun que la société peut non seulement survivre mais aussi évoluer. Mais pendant des dizaines d’années, nos gouvernements nous ont appris qu’ils opéraient pratiquement en vases clos sans tenir compte des avis de la population qui les a élus.

Comme j’ai eu l’occasion de signer ou co-signer 38 livres durant ma carrière, l’édition est un domaine que je fréquente depuis plusieurs décennies. Jusqu’au début des années 2000, trouver un éditeur était relativement facile. C’était la belle époque où les maisons d’édition recevaient de généreuses subventions du gouvernement fédéral. Le gouvernement Harper, soucieux de bien opérer, décida de mettre fin à ces aides de l’état à l’édition. La mathématique paraissait simple : chez nos voisins du sud, il n’y avait pas ces subsides du gouvernement et le monde de l’édition s’y portait à merveilles. Mais si le gouvernement conservateur de l’époque avait consulté les éditeurs, avant d’y imposer le couperet, ils auraient vite compris que les États-Unis, compte près de dix fois plus de population que le Canada, donc dix fois plus d’acheteurs potentiels de livres. Quinze ans après ce geste unilatéral ici, pour un auteur, trouver un éditeur devient de plus en plus ardu.

Pour revenir à la santé et à la pandémie que nous traversons, encore ici, les idéologies du passé nous rattrapent. En exemple : pendant des années, le Québec était sans aucune équivoque le lieu privilégié au Canada de la recherche scientifique. Pratiquement toutes les grandes compagnies pharmaceutiques avaient leur bureau-chef canadien, leurs installations de recherche et leurs usines de fabrication de médicaments au Québec. Mais les politiques du début des années 2000 allaient changer la donne. Pour bien gérer un état, il fallait couper les prix et les coûts en santé. Cette « saine » opération de l’État ajoutée à une mouvance de mondialisation, allait mettre fin à cet âge d’or de l’industrie pharmaceutique ici. Puis, en vingt ans, le marché a pu avec des cycles de haut et de bas, reprendre du poil de la bête.

Fin des opérations, début des coopérations

L’arrivée de la pandémie allait mettre à mal ces élans de radinisme de nos gouvernements et pour cause ! Un beau matin, nous nous sommes trouvés confrontés à cette triste réalité où nous avions besoins de vaccins et… il n’y avait plus de fabricants capables de fournir des vaccins au pays.  Oups ! un examen de conscience s’impose, et un changement de paradigme aussi. Et, paradoxalement, l’exemple nous est venue en grande partie par le monde de la recherche pharmaceutique.

Ce qui avait été impossible durant toute l’histoire de l’humanité est alors arrivé. Grâce à un effort de tous les chercheurs à travers le monde, nous avons pu, en moins d’un an, mettre au point des vaccins capables de neutraliser cette désastreuse COVID-19. Cet élan de solidarité et de coopération aura été le maillon qui nous permettra de vaincre enfin cette pandémie.

Nos gouvernants en viendront-ils à adapter leur gestion de l’état ? Traverseront-ils avec succès ces passages de l’opération à la coopération ? L’exercice est pourtant plus difficile qu’il en appert. Passer du « j’ai été élu pour prendre et assumer des décisions » au « je vais consulter et ajuster mes décisions aux divers consensus apportés » comporte son lot de risque. Deux exemples s’imposent. Du côté fédéral, le CEPMB (Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés), l’organisme chargé, entre autres, de fixer les prix des médicaments au Canada continuera-t-il à imposer ses dictats ou acceptera-t-il enfin de s’asseoir et d’établir une véritable coopération avec l’industrie pharmaceutique ? S’il ne l’a pas fait à ce jour, ce n’est certes pas par le manque d’invitations de l’industrie en ce sens.

Sur le plan provincial, le gouvernement s’engagera-t-il enfin à ébranler les structures du titanesque MSSSQ entre autres en décentralisant budgets et gestion du réseau et en le démocratisant par l’ajout du Bureau des usagers ? Il est certain que, tant pour l’exemple du fédéral que celui du provincial, changer est synonyme de risque. Mais il faudra bien trouver les mots pour leur expliquer que l’opération sans coopération serait encore pire.

« Le sang sèche vite en entrant dans l’histoire »

chantait Jean Ferrat dans sa chanson intitulée : Nuit et brouillard. Ainsi, nous risquons bien d’avoir oublié les séquelles de la pandémie de la grippe espagnole qui sévissait il y a cent ans. Lorsqu’enfin cette pandémie s’éteignait, les populations se sont lancées dans les réjouissances ce qui valut le terme : années folles attribué à ces 8 ans qui ont succédé à la crise. C’était une période intense d’activités sociales, culturelles et économiques. Mais comme à l’époque, le support de l’état était quasi inexistant, le tout s’est terminé par la grande crise économique, la Grande Dépression comme on l’appelait alors qui ravagea le monde industriel pendant les 10 ans qui suivirent (1929-1939) et qui ne se termina qu’avec le début de la deuxième grande guerre mondiale (1939-1945).

La seule solution qui s’impose pour éviter de connaître le même sort aujourd’hui est de faire comme l’univers des sciences vient de nous démontrer et cela s’appelle : la coopération. Cela s’applique dans le milieu scientifique, le milieu culturel et le milieu économique. Sinon, au Canada l’accès aux médicaments rétrécira comme peau de chagrin et au Québec, le système de santé s’écoulera sous son propre poids tandis que les prix des logements deviendront inaccessibles pour de plus en plus de gens. C’est ce à quoi les opérations comptables nous amèneront si nous ne passons pas enfin en mode coopération.

30. mai, 2021

Plus de 250 000 personnes, femmes, hommes et enfants, en souffriraient au Canada. Qu’en est-il exactement de ces maladies ? Il faut comprendre que les premiers symptômes de la maladie sont souvent difficiles à identifier. Dans la majorité des cas, le tout commence entre 15 et 25 ans, par des problèmes qui se confondent aisément à ceux d’une gastro-entérite. Il y a des crampes abdominales, de la diarrhée et des vomissements. Puis ces symptômes s’estomperont, toujours comme s’il s’était s’agi d’une infection intestinale. Plus tard, le tout réapparaîtra. Souvent les médecins croiront être en présence d’une réinfection. Le vrai diagnostic pourra prendre un certain temps avant de devenir officiel. Il n’y a pas de tests sanguins qui peuvent détecter spécifiquement la maladie de Crohn. Une radiographie après une coloration au baryum peut souvent corroborer le diagnostic. Sinon une colonoscopie ou une biopsie pourront être requises. Les doutes se clarifieront souvent par d’autres symptômes qui apparaîtront et dont nous parlerons plus loin. Avant d’y arriver, examinons ce que sont ces maladies. 

La maladie de Crohn et la colite ulcéreuse sont deux maladies inflammatoires de l’intestin (MII). Pour bien comprendre les effets de ces maladies, il convient de connaître certaines données importantes concernant ce que nous appelons communément les intestins.  Bien des gens croient que les intestins servent à évacuer ce qui reste de notre alimentation. Voilà une simplification toute aussi erronée que fréquente. Lorsque nous mangeons, déjà dans la bouche débute la première partie de la digestion. La mastication avec l’aide de la salive commencera à digérer les sucres complexes. Puis cette digestion se continuera dans l’estomac où non seulement les sucres, mais aussi les protéines continueront à être dégradés. Dans la première partie de l’intestin grêle (aussi appelé petit intestin), commencera la digestion des graisses sous l’action de la bile qui y est sécrétée par la vésicule biliaire. Les sucres complètement digérés fourniront du glucose, les protéines se transformeront en acides aminés et les graisses en lipides simples. Glucose, acides aminés et lipides (les nutriments) devront être assimilés dans le circuit sanguin pour nourrir l’organisme. Ceux-ci sont récupérés dans le petit intestin surtout au niveau jéjunum et de l’iléon. Finalement, au niveau du colon (ou gros intestin), l’eau et les vitamines que contiennent les aliments sont récupérées et retournées dans le système sanguin. Pour être en mesure de réinsérer tous ces nutriments dans la circulation sanguine, la paroi de l’intestin est hautement vascularisée et formée de milliers de replis qui permettent d’augmenter la surface entre le contenu de l’intestin et les vaisseaux sanguins.

Dans le cas des MII, c’est précisément cette paroi qui souffrira d’inflammation. Pour comprendre ce qu’est une inflammation, il suffit de se rappeler la dernière fois que l’on s’est donné accidentellement un coup de marteau sur un doigt. Une inflammation a alors rendu la peau très rouge, chaude, gonflée et dure. Dans le cas du coup de marteau, nul n’est besoin d’être grand savant pour dire que pour éviter une inflammation douloureuse de la peau du pouce, il est préférable d’éviter de le frapper avec un marteau. Dans le cas de la maladie de Crohn ou de la colite ulcéreuse, le problème est qu’on ne connaît pas la cause de cette inflammation. Certains gènes viennent d’être mis en relief, ce qui expliquerait, entre autres, la présence de ces maladies plus fréquentes dans certaines familles que dans d’autres. Les symptômes peuvent varier d’un individu à l’autre tant par leur fréquence que leur sévérité. Les MII sont des maladies chroniques. Il n’existe pas, à ce jour de traitements, de médicaments ou de conseils alimentaires capables d’arrêter définitivement la maladie. Cependant, selon les cas, des chirurgies peuvent être pratiquées ou des médicaments à base de cortisone, comme la prednisone qui doivent être administrés avec prudence surtout s’il s’agit d’un traitement sur une longue période. D’autres anti-inflammatoires peuvent aussi être utilisés. L’objectif premier est de diminuer l’inflammation et de contrôler les douleurs. À cet arsenal, il faut ajouter les antibiotiques, la sulfasalazine et le 5-AAS, les immunosuppresseurs, les stéroïdes et les médicaments biologiques. D'autres techniques peuvent aussi aider les personnes souffrant de MII.

Cependant d’autres impératifs s’ajouteront. Ainsi, comme nous l’avons vu, le rôle premier de l’intestin est de récupérer les nutriments (glucose, acides aminés, lipides, vitamines et eau) essentiels à la survie de l’organisme. Lorsque la paroi de l’intestin souffre d’inflammation, cette absorption devient très difficile si bien que les patients souffrant de la maladie de Crohn, par exemple, pourront perdre rapidement beaucoup de poids. Ils seront aussi plus enclin à souffrir d’anémie (manque de fer dans le sang) et d’autres troubles de déficit alimentaire. Une des façons d’aider ceux qui souffrent de ces affections est de définir des diètes qui permettront d’éviter le plus possible ces carences.

Ceux qui sont atteints de MII doivent de plus surveiller d’autres manifestations. Chez les adultes, nous rencontrons surtout de l’arthrite douloureuse surtout dans les grandes et moyennes articulations, diverses inflammations de la peau (par exemple de l’érythème noueux, nodules rouges apparaissant sur la partie avant des jambes) et des yeux (épisclérite et uvéite). L’épisclérite est une inflammation de la partie blanche de l’œil. Elle n’est pas douloureuse et ne porte pas à conséquence. Par contre l’uvéite est une inflammation de la partie colorée de l’œil qui peut être douloureuse et même conduire à la cécité.  Chez les enfants, les symptômes principaux se situent d’ailleurs au niveau de ces manifestations extra-intestinales (inflammations de la peau et des articulations) et parfois même ils n’auront ni crampes abdominales, ni diarrhée. Un autre symptôme chez eux est une croissance qui soudainement se ralentit.

Il semble que le Canada possède une des incidences les plus élevées au monde de la maladie de Crohn sans qu’on en connaisse vraiment la cause. Ceux qui en souffrent doivent s’assurer d’obtenir un diagnostic précis dans les meilleurs délais, ne serait-ce que pour éviter de passer d’un traitement à un autre sans obtenir de résultats. Une fois le diagnostic trouvé, le patient devra établir une bonne relation de confiance avec son médecin traitant. Ce n’est pas toujours facile car les patients, devant des résultats parfois décevants, sont tentés soit d’abandonner les traitements ou encore de se tourner vers des thérapies dites alternatives. C’est profondément humain que de chercher l’espoir partout où l’on peut. Il convient cependant de conserver un certain réalisme et d’informer son médecin traitant de toute thérapie ou potion plus ou moins naturelle que l’on serait tenté d’essayer. En adoptant une telle attitude, si des changements surviennent dans l’évolution de la maladie, il devient possible de réagir à temps. Sinon, on doit se fier à ce que nous appelons la pensée magique. Les résultats sont alors aussi imprévisibles que dangereux.  Pour une information fiable : https://crohnetcolite.ca/

15. mai, 2021

Que ce soit pour la santé physique ou la santé mentale, notre système ne répondait pas très bien aux attentes avant la pandémie. Nous n’entreprendrons pas ici, une étude exhaustive de ces manquements, mais parmi les lacunes d’avant la pandémie, signalons la difficulté à trouver un médecin de famille, les listes d’attentes en chirurgie, l’engorgement des hôpitaux, les services aux personnes âgées, etc., etc. Quant aux services informatisés, les cafouillages (et les coûts) n’ont cessé de se succéder, sans pour autant atteindre une efficacité normale. Il semble que les gouvernements passés n’aient été allergiques qu'à la seule lettre « D » comme dans dépolitiser, décentraliser et démocratiser. Le seul espoir : le gouvernement actuel, profitant d’une cote d’amour et de fidélité inhabituelle, profite de cette occasion, unique dans l’histoire, pour engager les réformes nécessaires pour la vie et la santé physique et mentale de toute notre société après la pandémie.

Et pour la vie sociale ?

S’il est une qualité qu’on ne saurait nier à notre population en termes de problèmes sociaux, c’est bien celle de l’immuabilité. En voici un bien triste exemple :

Nous étions alors en 2001 et je venais de terminer l’écriture d’un livre avec un psychiatre. Le titre du livre : Au secours des femmes. Et il fut fort bien accueilli par le milieu tel que souligner par de nombreux commentaires publiés alors tant dans La Presse que dans d’autres médias. Par exemple, dans La presse du 8 septembre, Marie-France Léger écrivait : « En 2000-2001, le taux d’occupation des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence a atteint 88%, soit une augmentation de 5% par rapport à l’année précédente. » Dans le même article, madame Léger note qu’en 2000, il y avait eu 19 femmes tuées dans des drames conjugaux. Force est de constater que les chiffres actuels n’ont rien à envier à ceux d’il y a... 20 ans.

Mais il y eut un hic : le livre est paru en librairie le 8 septembre 2001 et trois jours plus tard, il y eut le 11 septembre 2001. La planète entière n’eut alors d’autres préoccupations que ces évènements tragiques. La défense des femmes battues retourna aux oubliettes.

Vingt ans plus tard, il semble bien que trop peu ait été fait pour contrer ce désastreux et honteux phénomène social qu’est la violence faite aux femmes. Nous venons à peine de subir collectivement cette vague de 10 féminicides et il semble poindre enfin des solutions aussi diversifiées que nécessaires : augmenter les budgets de soutien, obliger le port de bracelets électroniques pour les hommes violents et la création d’un comité visant à enrayer les crimes contre les femmes et les féminicides. Toutes ces actions sont aussi louables que nécessaires.

Mais il reste un volet oublié, il s’agit de la prévention. Il faut agir auprès de tous nos jeunes adolescents afin que les garçons réalisent la portée des gestes de violence envers les femmes et que les filles puissent détecter des comportements problématiques avant même leurs apparitions. Derrière les élans romantiques de jeunes Roméo éperdus se cachent parfois l’aube de comportements manipulateurs, contrôlants et éventuellement dangereux ou même tragiquement mortels.

En 2001, j’avais écrit une pièce de théâtre que j’avais intitulée : Quand Roméo devient Pierre. Mon idée était d’en organiser une tournée dans toutes les écoles secondaires du Québec. Mais les événements du 11 septembre, comme cités d’entrée de jeu, ont mis fin à ce projet qui est ainsi, mort dans l’œuf. En mars dernier, j’ai donc relancé l’idée auprès des instances gouvernementales concernées.

Mon seul vœu est qu’il se concrétise avant qu’une autre catastrophe ne relègue encore une fois aux oubliettes le problème de la violence faite aux femmes et les féminicides. Parfois, l’histoire a une bien fâcheuse tendance à se répéter et ce, pour son plus grand malheur et, en l’occurrence ici, celui des femmes.

En résumé, notre système de santé était déjà bien malade avant la pandémie, se détériora durant la pandémie et nous espérons enfin un miracle pour l’après pandémie.

 

8. mai, 2021

Ramenée à la mode durant la présente pandémie, l'anorexie est connue depuis fort longtemps. L'histoire d'une pécheresse repentie mena à une lutte épique entre les tenants de l'anorexie comme étant une maladie, et ceux qui croyaient qu'elle était d'origine miraculeuse.

Quelques exemples dans l'Histoire

Impératrice d'Autriche, Élisabeth, mieux connue sous le pseudonyme Sissi, ne semble pas avoir connu la vie idyllique que la légende a retenue. Elle semblait très mal s'acclimater à la vie de château et à son rôle social. Avec une belle-mère qui ne l'appréciait pas beaucoup et un époux occupé par les guerres contre Napoléon III, Sissi n'était guère heureuse. Rongée par les remords pour la mort en bas âge de sa fille Sophie, elle dépérissait littéralement. Elle avait à peine 22 ans lorsqu'on lui diagnostiqua une tuberculose dont elle se remettra pourtant.

Pour combler un tant soit peu le vide laissé par son mari parti en guerre, elle ouvre un hôpital et y consacre tout son temps. Lorsqu'il n'y a pas assez de travail, elle fait de longues et épuisantes randonnées à cheval. Puis elle se met à fumer, ce qui était extrêmement mal vu pour une femme à cette époque. Mais plusieurs l'imitent, au grand dam des bonnes gens du palais. Une de ses cousines, l'archiduchesse Mathilde, voulant dissimuler sa cigarette lors de l'arrivée impromptue de son père, mit le feu a ses vêtements et mourut brûlée vive.

Au retour de la guerre qu'il perdit, son mari la délaissa aux profits de nombreuses maîtresses, et Sissi sombra encore une fois et se remit à tousser. Elle retourna en cure et commença une étrange collection de photos de femmes. Elle revint à Vienne, mais n'avait qu'un seul désir : voyager de par le vaste monde, ce qu'elle fit le plus souvent possible, négligeant ses trois enfants, son mari et ses devoirs impériaux.

C'est qu'Élisabeth cachait un secret : sa peur démesurée de prendre du poids.

Et en 1860, elle utilisa les mêmes trucs qui sont encore en vogue aujourd'hui : peu de nourriture et un maximum d'activités physiques. Ainsi, elle ne se nourrit que de lait et de bouillon de poulet. Lorsqu'on constata qu'elle manquait de vitamines, elle modifia sa diète et ne mangeait que huit oranges par jour. Elle s'astreignait à deux heures de gymnastique chaque matin et s'adonnait à la marche forcée et à l'équitation quotidiennement aussi.

Avec un tel régime, son poids ne dépassera jamais les 50 kilogrammes, elle qui mesurait tout de même 1 m 72 (indice de masse corporelle :16,9). C'est pourquoi, a posteriori, bien des gens croient qu'elle a toujours souffert d'anorexie.

L'histoire d'un miracle devenu maladie

C'est un illustre médecin iranien du XIème siècle, Avicenne, qui fit la première description de la maladie. Puis le Moyen-Âge vit apparaître ce que les médecins appelèrent anorexia mirabilis. Cette perte «miraculeuse» de l'appétit était l'apanage de jeunes religieuses faisant partie de communautés mystiques. Elles réussissaient ainsi à se couper de tout plaisir de la chair et offraient à Dieu ce sacrifice ultime. Certaines prétendaient même ne se nourrir que d'une hostie par jour lors de leur messe.

Le destin tragique de Catherine de Sienne

Au XIVème siècle, naît d'une famille de vingt-deux enfants Catherine qui, suite aux décès de ses trois sœurs préférées, entre en religion dans l'ordre des sœurs de la Pénitence de saint Dominique. Elle mange très peu et jamais de viande, se fait vomir régulièrement, se flagelle et ne dort que quelques heures par jour. Elle en vient à ne pratiquement plus manger du tout et cesse même de boire. Elle meurt à 33 ans et est canonisée en 1461 : sainte Catherine de Sienne.

On doit au médecin anglais Richard Morton la première description médicale de l'anorexie dans son livre paru en latin en 1689. Le livre portait surtout sur la tuberculose. Mais le Dr Morton avait noté que certaines personnes semblaient arriver à un état de dépérissement semblable à celui provoqué par la tuberculose. Il découvrit que ces personnes, sans causes apparentes, semblaient refuser de s'alimenter. Il nomma la maladie : la consomption ou phtisie nerveuse, dont les symptômes principaux sont le manque flagrant d'appétit, le refus de se nourrir, l'aménorrhée, l'hyperactivité, la constipation et la cachexie

L'inanition hystérique

Il faudra attendre près d'un siècle plus tard pour connaître de nouveaux développements. Ceux-ci viendront d'un psychiatre français, Charles Lasèque, qui décrit la maladie comme étant d'origine mentale et lui donne le nom d'inanition hystérique.

Il considère que cette maladie est une anomalie intellectuelle, un trouble central et héréditaire dû à un refoulement plus ou moins conscient d'un désir.

W. Gull propose quelques années plus tard le terme «anorexie nerveuse» (anorexia nervosa) qu'il attribue à des troubles du système nerveux central et à l'hérédité.

Au début des années 1890, le professeur Charles Huchard propose une distinction entre anorexie gastrique et anorexie mentale. Freud, quant à lui, parlera d'une association entre anorexie et mélancolie vers 1895.

Une thèse avait aussi cour à l'époque à savoir que l'anorexie pouvait être causée par une maladie de l'œsophage ou encore un rétrécissement de l'estomac.

La jeûneuse de Tutbury

L'histoire de cette femme pieuse a débuté en Angleterre au début du XIXème siècle. D'abord reconnue pour sa très grande piété, cette pécheresse repentie commença en 1807 une anorexie qui allait devenir célèbre jusqu'en Amérique. Mais le fait allait fournir une lutte épique entre les tenants de l'anorexie comme étant une maladie, et ceux qui croyaient qu'elle était d'origine miraculeuse.

Après une première observation qui laissait chacun bien ancré dans son clan, on finit par découvrir en 1812 qu'Ann Moore se nourrissait en catimini en très petites quantités et laissait croire qu'elle ne prenait ni vivres, ni eau, et que seule l'intervention divine la maintenait en vie.

L'imposture démasquée fit histoire tout au long de ce siècle.

Un autre cas similaire vit le jour au pays de Galles en 1867 avec une jeune fille de 12 ans, Sarah Jacob, dont les parents disaient qu'avec l'aide de Dieu, leur fille ne se nourrissait que d'un minuscule morceau de pomme quotidiennement. Flanqué d'infirmières incorruptibles, on se mit donc à observer la jeune Sarah 24 heures sur 24. Au bout de 6 jours, la jeune fille s'affaiblissait dangereusement et on demanda aux parents l'autorisation de cesser l'expérience et d'alimenter Sarah. Plutôt que de perdre la face, ceux-ci refusèrent. Le 10ième jour, la jeune fille mourut donc et les parents furent condamnés à des peines de prison pour leur comportement. Dès lors, l'origine mystique de l'anorexie perdit toute crédibilité.

Origines psychologiques ou physiologiques?

Le début du vingtième siècle sera marqué des descriptions de Gilles de la Tourette et Pierre Janet, qui seront les premiers à souligner l'importance de la perception de l'image corporelle chez les anorexiques. La Tourette précise que les patientes ne souffrent pas d'un manque d'appétit mais plutôt d'un refus d'appétit.

Les causes d'origines psychologiques semblent bien avoir reçu l'assentiment de toute la communauté médicale, du moins jusqu'en 1914 où un pathologiste allemand, Morris Simmonds, établit une relation entre la glande pituitaire et l'anorexie. Des causes endocriniennes alimentent alors le débat scientifique et il faudra attendre au milieu du siècle avant que la thèse psychologique ne refasse surface et que l'on comprenne que les manifestations physiologiques et endocriniennes sont des conséquences et non des causes de l'anorexie.

On estime aujourd'hui qu''entre 1% et 4% des femmes de 15 à 35 ans souffrent d'anorexie. Les hommes sont 10 fois moins nombreux à en être atteints. L'hérédité joue un rôle puisque la fréquence de la maladie est dix fois plus élevée chez les parentes au premier degré que dans un groupe témoin.

8. mai, 2021

En réalité, le moi n’aura jamais été aussi important qu’en ces temps de pandémie. Bien sûr, quand je pense à moi, quand je pense à me protéger de la Covid-19, je travaille à sauver ma propre vie. Si je limite le plus possible les contacts avec les autres humains, si, lorsque j’ai ces quelques contacts limités, je maintiens les 2 mètres de distanciation, je porte le masque et je me lave les mains fréquemment, je minimise ainsi les possibilités que le virus puisse entrer dans mes poumons. Si de plus, je me fais vacciner, alors j’augmente d’un cran mon niveau de protection. Parce que si, malgré toutes mes précautions, je venais à entrer en contact avec un virus, mon système immunitaire le reconnaîtrait rapidement et pourrait l’éliminer avant qu’il ne puisse déclencher en moi la terrible maladie. Tout ce préambule indique clairement les bénéfices pour moi d’éviter le plus possible de rencontrer un virus et les avantages de me faire vacciner au cas où je viendrais tout de même à le croiser. Car le moi est maintenant en guerre contre un ennemi invisible, puissant et innombrable, un virus.

La protection de moi-même est encore plus importante. Car en évitant de me transformer en usine à virus, j’évite de propager cette Covid-19 et je protège ainsi les autres humains qui m’entourent : mes grands-parents, mes parents, mes enfants, mes amis, mes collègues de travail et ceux que je croise au hasard du temps. Un moi non infecté est bien sûr un avantage énorme pour moi ET aussi un avantage pour toutes celles et ceux que je rencontre.

Une guerre à finir

Dans cette guerre, comme dans toutes les autres, il y a les siens et les ennemis. Ici les siens, ce sont tous les humains et les ennemis, ce sont les virus qui utilisent les humains comme usines de fabrication de milliards de virus semblables à eux. Est-ce que les humains ont tout fait pour éviter de se transformer ainsi en arsenal à virus ? Malheureusement, dans bien des cas non. Deux exemples me viennent spontanément à l’esprit.

Exemple UN : le programme Alerte-COVID

En date du 15 avril 2021, soit plus d’un an après sa mise en application, ce programme qui peut avertir lorsqu’une personne a été en contact avec un porteur du virus n’a suscité que 6 473 766 téléchargements à travers le Canada qui compte pourtant 38 135 003 habitants donc à peine un peu plus d’une personne sur 5 s’est prévalue de cet outil tout à fait gratuit qui aurait pu s’avérer d’une grande efficacité dans les stratégies de lutte contre la Covid-19.

Exemple DEUX : les vaccins

Au grand dam des associations complotistes et des sempiternels groupes antivaccins qui, années après années, claironnent leurs menteries sur toutes les tribunes qui leurs sont malheureusement accessibles, un effort mondial sans précédent de tous les chercheurs aura permis de produire en moins d’un an des vaccins efficaces contre l’ennemi numéro 1 : la Covid-19. C’est, comme il l’a été souvent répété, du jamais vu dans la grande histoire humaine. Mais au lieu d’assister à un flot continu de personnes attendant leur vaccination, on se retrouve avec des plages non occupées et des vaccinateurs qui se tournent les pouces pendant que le virus profite de ces trêves qui lui sont accordées pour continuer ses multiplications à gogo tout en produisant des variants qui, s’y nous n’intervenons pas assez rapidement, aboutiront à des souches qui seront capables de contourner les vaccins actuels. Alors, nous entrerons dans une nouvelle guerre mondiale contre ces nouveaux variants.

À la guerre comme à la guerre

Nous qui sommes nés après 1945, n’avons jamais vécu de guerre mondiale. Ceux qui les ont vécues et ceux qui ont dû combattre dans les armées connaissent bien le climat militaire. En guerre, les libertés individuelles sont bien moins importantes que la protection collective. Quand comprendrons-nous que nous sommes présentement en guerre contre un ennemi bien plus puissant que tous ceux rencontrés dans les guerres entre les humains, un ennemi invisible et qui augmente ses troupes chaque fois qu’un être humain en est infecté. Alors, lorsque les gens refusent de se faire vacciner ou craignent un vaccin qui pourrait apporter des complications dans 1 cas sur 100 000 (un cas sur cent mille cas) alors, je me dis que le moi est devenu trop important. Et quand 40% des gens qui œuvrent au sein des organismes de santé refusent de se faire vacciner, quelle qu’en soit leur raison, la situation devient carrément immorale. Que faudra-t-il pour que l’on se rappelle des plus de 10 000 personnes qui pourraient être encore parmi nous au Québec et qui sont décédées durant les premières vagues de cette pandémie ici ? Et surtout que dire à celles et ceux qui refusent de se soumettre aux règles de santé publique et de se faire vacciner ? Il faudra bien que quelqu’un leur dise que le virus de la Covid-19, sans être muni d’aucun cerveau, est bien plus habile qu’eux.

Le temps du moi absolu sera un jour révolu. Dans un bientôt que je souhaiterais le plus tard possible, la survie collective deviendra alors bien plus importante que celle de chacun des humains. Si ce n’est pas un ou des virus qui y parviennent, ce sera le climat et l’environnement qui nous forceront à penser à la survie collective plutôt qu’au bien-être individuel.

Dommage, pourtant les premières vagues de la Covid-19 nous auront avertis.