Le mot de l'éditeur

7. mars, 2021

La réponse scientifique à ces questions est: absolument NON !

Il n’est à considérer que deux périodes historiques : avant les vaccins et les médicaments et… après. Avant les taux de mortalité infantile étaient très élevés. Il était très rare voire exceptionnel qu’une famille n’ait pas perdu 1, 2, 3 enfants ou plus avant que ceux-ci n’aient atteint l’âge vénérable de… 3 ans. Les maladies infantiles, que l’on parle de diphtérie, de coqueluche, de variole, de rougeole, etc., décimaient les familles. Et ceux qui survivaient pouvaient espérer une longue vie qui durait en moyenne 50 ans pour les hommes et 60 pour les femmes. Car à cette époque (nous parlons du début du XXème siècle et non de l’Antiquité ou même le Moyen-Âge) l’espérance de vie était fort limitée. Et pour cause : aucun médicament pour combattre les infections, aucun pour aider les diabétiques ou encore ceux qui présentaient des problèmes cardiaques. Et nous ne parlons même pas ici des problèmes psychiatriques pour lesquels la seule solution consistait à enchaîner ceux qu’on appelait alors les fous et les laisser crier dans des asiles. Évidemment, depuis l’arrivée des vaccins, ces taux de mortalité infantile ont fondu comme neige au soleil et l’espérance de vie s’est allongé de près de 30 ans. Et ceci est sans parler de la qualité de vie. Rares sont les diabétiques qui aujourd’hui doivent vivre avec une ou deux jambes amputées à cause de la gangrène due au diabète. Malgré toute évidence. les groupes anti-médicaments et anti-vaccination continuent leurs campagnes. Ont-ils raison ?

La réponse médiatique à ces questions est malheureusement PEUT-ÊTRE !

Depuis trop longtemps déjà, nous laissons planer ces doutes quant aux vaccins et aux produits pharmaceutiques en général. On a fait des documentaires anti-pharmaceutiques, les groupes antivaccins multiplient leurs fausses allégations en utilisant les réseaux sociaux pour encore mieux embrigader les sceptiques. En réalité, les assauts fusent de toutes parts, utilisent tous les médias qui trop souvent laissent poindre des sous-entendus si ce n’est carrément des phrases choc qui attisent les préjugés sous le couvert de demi-vérités. Si nous continuons à tolérer ce genre de discours, tel l’eau qui érode les rochers les plus réels, la vérité scientifique disparaîtra enfouie sous les croyances et préjugés populaires véhiculés allègrement par les médias de masse.

La mémoire, une faculté qui a oublié

Effectivement, la mémoire populaire a oublié les souffrances du poupon de 12 mois qui mourrait étouffé par la diphtérie, à bout de souffle et totalement épuisé. Elle a aussi oublié l’horreur que vivait cette jeune maman qui venait d’assister impuissante à la mort de son quatrième enfant. Elle a aussi oublié la puanteur qui pesait dans une maison où le père venait de se faire amputer une jambe gangrénée et qui attendait que la fièvre ne l’emporte totalement. Aujourd’hui, permettez-moi de partager ce souvenir avec vous. J’avais alors 11 ans, depuis la fin mai, mon grand ami ne venait plus à l’école. On disait simplement qu’il était malade. Mais à la rentrée scolaire en septembre, il n’était toujours pas là. C’est alors que j’ai appris qu’il était mort de la poliomyélite comme des centaines d’autres enfants au Québec. C’est pourquoi, j’ai été particulièrement ému lorsqu’une cinquantaine d’années plus tard, j’ai écrit cette tranche de la vie du Dr Charbonneau de l’Hôpital Pasteur à Montréal :

« Mais l'épidémie de 1959 allait changer radicalement la donne. À Montréal seulement, on dénombre 22 décès d'enfants. Au Québec, plus de 1 000 cas étaient déjà recensés. Plusieurs se rappellent encore ces images d'enfants dans des poumons d'acier. L'hôpital Pasteur et le docteur Charbonneau traitent ces cas venus d'un peu partout au Québec. » ( https://quebec.huffingtonpost.ca/jacques-beaulieu/biographie-henri-charbonneau-eradication-polio-tuberculose_b_9457716.html )

La solution à ce désastre épidémiologique fut le vaccin contre la poliomyélite. Et elle fut définitive. Elle stoppa net l’épidémie et la maladie disparut totalement. Il en reste malheureusement encore quelques vestiges dans certains pays qui refusent le vaccin en prétendant que celui-ci ne guérit pas mais apporte la maladie.

Les anti-médicaments et les antivaccins finiront-ils par avoir raison ?

Malheureusement oui, si nous ne prenons pas des mesures énergiques pour rétablir la vérité. C’est certain qu’il est plus facile de suivre le courant, mais les scientifiques et les gouvernements doivent prendre leurs responsabilités et expliquer à nos jeunes, le plus tôt possible, la nécessité des vaccins et celle de la recherche de nouveaux médicaments. Si nos enfants sont bien informés, peut-être peut-on espérer qu’ils deviendront des adultes qui se laisseront moins entraîner par ces mouvements populistes qui au fond représentent de véritables dangers publics.

Je me souviens il y a près de 5 ans, j’avais créé un jeu : Le Vacci-Jeu, le jeu où tout le monde gagne, pour expliquer aux enfants les bienfaits de la vaccination. Mais, pour qu'il entre dans les écoles, il fallait y avoir accord entre le MSSSQ et le Ministère de l’éducation et les infirmières qui allaient utiliser le jeu dans les écoles. De plus, il y avait cette frilosité de vexer certains groupes anti-médicaments et antivaccins (il ne faut pas réveiller l’ours qui dort) qui mit un frein définitif au projet.

Aujourd’hui la pandémie que nous connaissons, si terrible et meurtrière soit-elle, permettra peut-être d'inverser la tendance envers la vaccination. Il faut bien comprendre ce « peut-être ». Car, pas plus tard que cette semaine, une étude de l'Université de Sherbrooke révèlait déjà une hausse imortante du nombre d'indécis face à la vaccination contre la Covid-19. ( https://www.usherbrooke.ca/actualites/nouvelles/nouvelles-details/article/44574/ )

Osons espérer que cette tendance ne s'accentuera pas !!!

21. févr., 2021

En 1962, mes parents avaient acheté Le grand Larousse encyclopédique. C’était en 10 volumes, totalisant 9 994 pages et 165 270 articles, la somme des connaissances humaines. Aujourd’hui, en 1 clic et 0,76 secondes on obtient : environ 1 190 000 000 résultats seulement pour l’article : virus… La quantité et l’accessibilité du savoir humain se sont donc multipliés de manière exponentielle en moins de 75 ans.

Les avancés en santé :

Mon père avait commencé ses problèmes d’angine cardiaque alors qu’il était âgé de 48 ans. Il décédait 4 ans plus tard d’un infarctus du myocarde. À l’époque, les pontages coronariens n’existaient tout simplement pas. Un de mes oncles entrait à l’hôpital pour une coupure sous le pied qui ne guérissait pas. La gangrène s’était mise de la partie et on lui amputa le pied droit, puis la moitié de la jambe droite, puis finalement toute la jambe droite. On allait lui amputer le pied gauche qui commençait à bleuir, mais il est décédé la veille de sa chirurgie. Il avait 60 ans et souffrait de diabète.

Pour ma part, à l’âge de 48 ans, on diagnostiqua, après une prise de sang de routine une hypercholestérolémie. Il y avait alors des médicaments disponibles : les statines. Mes premiers problèmes d’angine apparurent alors que j’avais 54 ans. Une chirurgie cardiaque pu réaliser 5 pontages coronariens et ma vie pu continuer. À mon 70ième anniversaire, une artère coronarienne était alors sur le point de se bloquer, Par angioscopie, une technique non invasive, on installa une endoprothèse vasculaire (stent). Je suis maintenant âgé de 72 ans et mon cœur se porte à merveille. Quant au diabète, j’avais 58 ans quand on m’a diagnostiqué un prédiabète, aussi appelé une intolérance au glucose. Mais à ce moment, contrairement à ce qui s’était passé pour mon oncle, il y a 60 ans, un médicament existait, un glucophage (Metformine). Mon prédiabète est resté stable depuis. On a même réduit la dose de ce médicament il y quelques mois.

En réalité, dans la plupart des maladies, les connaissances scientifiques ont permis des améliorations fulgurantes. Pensons aux divers cancers. Dans les années 1950, un diagnostic de cancer était, la plupart du temps, suivi d’un décès dans les mois qui suivaient. On peut aussi penser au SIDA dont la survie en 1985 ne dépassait rarement six mois et qui aujourd’hui est devenu une maladie, à toute fin pratique, chronique.  

Et puis, cette pandémie nous a permis de mettre sur pied un vaccin en moins de 10 mois. De l’avis de tous les experts, il s’agit d’une première mondiale historique.

Si on avait à évaluer l’essor des sciences au cours du dernier siècle, la science aurait une note frôlant les 100%

Mais la note des humains

De 0 à 100, si les sciences se situent près du 100, les humains se classeraient bien plus bas. Un exemple parmi bien d’autres : malgré toutes les campagnes de prévention, il y a toujours des fumeurs. Encore ici, mais cette fois malheureusement, la pandémie aura permis de constater que l’évolution des humains ne réussit pas à rejoindre celle des sciences. En un an, nous avons pu assister à des scènes désolantes de réunions festives dans des bars, des résidences privées et des voyages vers les pays chauds et ce contre l’avis de tous les experts scientifiques mondiaux. Pour certains, toutes les raisons sont bonnes pour contrevenir aux consignes sanitaires. L’une des dernières en lice est la fameuse santé mentale. La logique (si logique il y a) derrière cette dangereuse tendance serait que les contraintes imposées seraient nuisibles à la santé mentale provoquant ou risquant de provoquer une grande quantité de problèmes d’anxiété, de dépression et finalement une vague de suicide. D’une part, aucune statistique valable ne permet de quantifier un accroissement fulgurant de dépression, d’anxiété ou même de suicide au Québec durant cette année de pandémie ( réf. : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1743125/suicide-quebec-coronavirus-covid-statistiques ).

Par ailleurs, bien d’autres facteurs peuvent provoquer des dépressions, de l’anxiété ou même des suicides. Souvent, les personnes souffrant de ces problèmes doivent apprendre à vivre avec ceux-ci. Par exemple, si je souffre de dépression à la suite d’un divorce, je devrai trouver des moyens pour reprendre ma vie en main. Ce sera le rôle des psychologues et psychiatres de m’aider à remettre au point ma santé mentale. De la même manière, si je souffre d’anxiété ou de dépression parce que je n’en peux plus des mesures de confinements, ce n’est pas en défiant ces mesures, en partant en vacances ou en organisant une soirée festive en famille, que je vais me guérir mon anxiété ou ma dépression. Ce sera en consultant un expert dans ce domaine que se trouvera la vraie solution.

Il faut bien comprendre que je ne minimise en aucune façon la santé mentale ici. Bien des personnes et plus encore d’ainés souffrent énormément de problèmes de santé mentale durant cette pandémie. Ne plus pouvoir prendre ces montagnes d’amour que sont nos petits-enfants, c’est comme manquer d’une source vitale de bonheur pour plusieurs d’entre nous. Il faut trouver tous les moyens pour aider les aînés de notre société à relever ce défi et à conserver leur santé mentale. Il faut absolument mettre à la disposition de tous, les moyens pour aider ceux qui en ont besoin. Mais ces moyens ne peuvent pas être la désobéissance civile.

Santé physique ou santé mentale ? En réalité, la question ne se pose pas vraiment. Sans la santé physique, c’est la mort et là, il n’y a plus de santé mentale possible…

En résumé,

La pandémie est certes difficile à traverser. Mais plus les humains s’approcheront du 100% en termes de respect des consignes sanitaires, moins la crise sera longue et meilleures seront nos chances d’y mettre un point final. Il faut toujours se souvenir que ce coronavirus n’en a rien à faire de nos états d’âme et de notre santé mentale. Tout ce qui le préoccupe est de trouver une paire de poumons où il pourra se multiplier à qui mieux mieux.

La science a déjà fait son bout de chemin, il ne reste qu’à nous, tous et chacun, de faire le nôtre.

13. févr., 2021

Voici un article que j'écrivais en 2003 pour le magazine Dernière Heure. Pour m'amuser, je le republie ici:

Épidémie

Par : Jacques Beaulieu

La peur d’une nouvelle épidémie fait partie de notre condition humaine. L’histoire est fertile en exemples tous plus horrifiants les uns que les autres. On se rappelle l’épidémie de peste, de variole, de la grippe espagnole, de la lèpre, l’arrivée du SIDA à la fin des années 1970, et plus récemment du SRAS. Puis tout dernièrement, on nous annonçait l’apparition d’un nouveau virus aux Etats-Unis. Il s’agirait d’un virus de la variole du singe. Que faire ? Il semble que de rester à la maison, barricader portes et fenêtres et n’entrer en contact avec aucun humain, aucun volatile et aucun insecte ne soit une solution bien difficile à contrôler.

(NDA: Il est intéressant de voir comment, en 2003 au moment de publier cet article, je considérais le confinement. Et 18 années plus tard, nous y sommes plongés depuis presqu'un an. Ce qui était pratiquement impensable alors est devenu notre quotidien.) 

Première consigne : connaître l’ennemi.

On l’appelle aujourd’hui : micro-organisme. Anciennement, on parlair de microbes. Il en existe de plusieurs types, des bactéries (exemple : la pneumonie par pneumocoques), des virus (exemple : la pneumonie virale), des prions (exemple : la maladie de la vache folle), etc. Ces bibittes invisibles à l’œil nu ont ceci en commun qu’elles peuvent nous rendre malades. Elles sont donc pathogènes. Tous les microorganismes ne sont pas pathogènes. Certains sont très utiles, voire essentiels à notre vie. Ainsi, une bactérie de type E.Coli (abréviation de Escheria Coli) se retrouvent en abondance dans notre gros intestin. Ce type de E.Coli récupère une grande partie de l’eau présente dans nos selles. Sans ces bactéries, les selles seraient liquides et nous mourrions complètement déshydratés. Par contre, un autre type d’E. Coli va produire l’effet inverse. Si on ingère une viande qui en contient, gastro entérite assurée! C’est ce qu’on appelle la maladie du hamburger.  Comme vous voyez, il y a donc des bons et des mauvais micro-organismes et certains peuvent être bons à un endroit (exemple : dans les intestins) et mauvais à un autre (exemple : dans l’assiette).

Comment donc se prémunir contre les pathogènes ? 

Première règle : être en bonne condition physique.

Notre organisme est normalement équipé pour lutter assez efficacement contre les micro-organismes. Nous avons tous un système immunitaire qui, dans de bonnes conditions, détruira ces envahisseurs dès leur apparition. Mais si nous sommes épuisés ou mal alimentés (trop ou pas assez de nourriture), ce système sera moins efficace et les pathogènes ne seront pas détruits. Supposons 10 personnes dans une pièce, entre un onzième visiteur qui souffre d’une forte grippe. Il tousse et éternue durant toute la soirée. Toutes les 10 personnes auront donc été en contact avec le virus de la grippe. Pourtant, toutes ne contracteront pas la maladie.

Deuxième règle : l’hygiène.

Plusieurs pensent à tort que le moyen le plus efficace pour enrayer une épidémie est la vaccination ou l’antibiotique. Pourtant si les épidémies font de nos jours beaucoup moins de victimes qu’il y a un siècle, c’est principalement que le niveau d’hygiène s’est grandement amélioré. Nous n’utilisons plus les crachoirs, comme à l’époque. Les gens (du moins la majorité de ceux-ci) ne crachent plus par terre dans les endroits publics. La vaste majorité disposent d’eau chaude et les gens peuvent se laver plus régulièrement. La gestion des eaux de consommation et des égouts fait en sorte que les puisards d’antan qui fréquemment se taillaient un chemin jusqu’aux puits n’existent plus, éliminant ainsi bien des risques d’infection.

Troisième règle : encore plus d’hygiène.

Bien avant de blâmer le ministère de la santé, le gouvernement et qui sais-je encore, il existe une façon simple et économique de courir le moins de risque possible de contracter une maladie infectieuse : de l’eau et du savon. Combien de fois vais-je dans une toilette publique et en me lavant les mains, j’aperçois des personnes sortant du cabinet qui se dirigent tout droit vers la sortie ? Se laver les mains le plus souvent possible est une mesure aussi simple qu’efficace. Quand se laver les mains ?

La meilleure habitude à prendre est : le plus souvent possible.

Et cela, ça n'a pas changé entre 2003 et aujourd'ui. 

4. févr., 2021

N.B. : Ce texte est extrait d’un article que j’avais publié le 6 février 2016 dans le HuffPost)

Le premier vaccin

Ramsès V, 1 145 années avant Jésus-Christ serait mort de la variole. Dès la fin 1979, une commission d'experts affirme que la variole a été complètement éradiquée de la surface de la planète. Le 8 mai 1980, l'OMS le confirme officiellement par sa résolution WHA33.3. Le dernier cas répertorié avait été diagnostiqué en Somalie en début 1977. Que s'est-il passé en ces quelque 3100 ans d'histoires?

Des hécatombes à répétition

Responsable de millions de morts sur tous les continents, la variole a décimé des populations entières. Tel fut le cas, entre autres, des populations amérindiennes. La variole fut associée à de grandes épidémies. Un adulte sur trois ou un enfant sur cinq qui la contractait en mourrait. Ceux qui survivaient étaient souvent défigurés, le visage morcelé par les cicatrices laissées par les pustules créées par la maladie. Le début de la fin de ce fléau est bien noté : le 14 mai 1796.

La naissance d'un vaccin

C'est la date anniversaire du premier vaccin jamais administré comme tel à un être humain. Ce jour-là, un bon médecin de campagne, le Dr Edward Jenner, tente une expérience dont il fut loin de pouvoir apprécier l'ampleur future.

Il prélève du pus sur la main d'une femme, Sarah Nelmes. Celle-ci venait de traire sa vache, qu'elle appelait Blossom, atteinte de la vaccine aussi connue sous le nom de variole des vaches. Blosson avait donc sur ses pis des papules qui sous l'effet de la traite avaient déposé du pus sur la main de la trayeuse, Sarah.

Le Dr Jenner avait remarqué, ainsi que bien d'autres, que les valets de ferme qui, comme Sarah, trayaient les vaches et étaient en contact avec ce pus étaient le plus souvent épargnés durant les épidémies de variole humaine.

Il préleva donc un peu de ce pus et par scarification (en égratignant la peau) inocula un enfant âgé de 8 ans: James Phillip. James contracte la vaccine, mais avec une seule pustule qui apparaît et disparaît bien vite. Trois mois plus tard, le Dr Jenner inocule la variole humaine à son jeune protégé. L'enfant n'attrape pas la maladie. Le médecin est bien sûr absolument soulagé et réjoui de ce succès, issu, il faut l'avouer, d'une audace peu commune. Il invente le terme vaccination qui tient son origine latine de vacciae (traduction: de la vache).

Une passion qui défie la raison

Le premier vaccin était donc né. Le Dr Jenner se ruina, dans le sens propre du terme, à vouloir en faire la promotion. Il publie à ses frais un livre intitulé : An Inquiry into the Causes and Effects of the variolae vaccina. Souvenons-nous que Pasteur n'a pas encore découvert le monde microbien. Jenner nomme l'élément pathogène causant la variole: virus mot latin qui signifie poison.

Quittant la vie rurale de son Gloucestershire natal, il s'installe à Londres et vaccine gratuitement des centaines de personnes pour prouver les effets de sa découverte. À bout de ressources et au bord de la faillite, il revient s'installer à Berkeley où il exerce la médecine et termine honorablement sa vie.

Mais graduellement l'idée fait son chemin, 24 ans plus tard, à l'aube du XIXe siècle, un médecin américain, Benjamin Waterhouse, vaccine tous les membres de sa famille. En 1801, ce sera au tour de Thomas Jefferson, le président des États-Unis, de faire la même chose. La pratique de la vaccination se répand alors très vite en Europe et en Amérique.

Le deuxième vaccin

Plus de 80 années plus tard, Louis Pasteur découvrira les fondements scientifiques expliquant la vaccination et en 1885 les appliquera à une autre maladie: la rage en vaccinant le jeune Joseph Meister. La vaccination préventive, comme pour la variole et celle curative comme pour la rage sont donc dès lors solidement implantées. Bien que n'ayant plus rien à voir avec la vache, Pasteur conserve le nom vaccination à la mémoire du Dr Jenner, celui qui l'avait ainsi nommée.

Vers l'éradication

En 1967, l'OMS adopte une nouvelle stratégie. Il s'agirait alors d'identifier les cas de variole, de les isoler et de vacciner tous ceux qui vivent à proximité de ces cas. Ce mode d'intervention connu sous le nom de stratégie de surveillance et d'endiguement connut enfin le succès escompté tant et si bien que la variole n'existe plus comme maladie à la surface de la Terre.

Pour éviter toute contamination accidentelle, tous les stocks connus du virus furent transférés dans deux laboratoires, le Center for Disease Control and Prevention (CDC) aux États-Unis et le Centre national de recherche en virologie et biotechnologie (VECTOR) de Koltsovo en Russie. Ces laboratoires conservent ces souches aux fins de recherche scientifique et au cas où de nouveaux cas viendraient à se manifester. Par exemple, au Canada, la vaccination de masse a été abandonnée en 1972. Tous ceux qui sont nés après cette date n'ont donc jamais été vaccinés contre ce virus. On doit donc conserver des stocks pour recommencer une vaccination advenant une contamination accidentelle ou lors d'une guerre biologique par exemple.

Bien sûr, tous les vaccins n'ont pas la même efficacité, et il serait illusoire penser éradiquer toutes les maladies infectieuses de la terre. Mais n'empêche que bien des maladies qui étaient responsables de véritables hécatombes ont été maîtrisées. On peut ainsi penser à la tuberculose ou encore à la poliomyélite qui encore dans les années 1950 faisaient des ravages dans nos sociétés.

Deux clés: informer et enseigner

Dans cette lutte entre l'homme et le monde microbien, bien d'autres efforts devront être consentis. D'une part, il faut se souvenir de ne jamais baisser la garde. Nous l'avons vu encore récemment, des maladies que l'on ne rencontrait pratiquement plus comme la rougeole ou la coqueluche ont resurgi parce que des parents avaient omis de faire vacciner leurs enfants. D'autre part, il ne faut jamais sous-estimer la capacité des microbes de se régénérer et même de générer de nouveaux venus. Dans les années 1980, le virus du SIDA a ainsi fait son apparition. Puis on a vécu la dernière épidémie du virus Ebola. En 2016, on entendait parler d'un nouveau virus le Zika dont on ne connait pas encore toutes les propriétés. Et aujourd’hui, bien sûr, c’est la Covid-19 qui a provoqué la pandémie que nous connaissons. Et contrairement au vaccin du docteur Jenner, celui contre la Covid-19 n’a heureusement pas mis une trentaine d’années entre sa découverte et sa distribution à grande échelle.

Merci

Alors, au nom de nous tous aujourd'hui qui bénéficions de l'éradication de la variole de notre planète, et aussi de la naissance du premier vaccin, merci au Dr Edward Jenner, à son jeune protégé James Phillip, à la fermière Sarah Nelmes et à sa vache Blossom qui ce 14 mai 1796 allaient révolutionner la lutte aux maladies infectieuses.

28. janv., 2021

Supposons un instant que nous sommes tous passagers d’un immense sous-marin (pas nécessairement le Yellow Submarine des Beatles en 1966). Soudainement, arrive une fuite d’eau, puis une deuxième, puis une autre, etc. On a beau colmater le plus rapidement possible, les fuites continuent à se multiplier. Que faire ? Comme il ne peut pas arriver à empêcher l’arrivée de nouvelles fuites, le commandant en chef décide alors de prioriser son action en décidant quelles fuites sont tolérables et quelles autres sont inacceptables. Dans un tel contexte, le seul espoir des passagers du sous-marin est que l’océan finisse par s’assécher. Sinon à plus ou moins long terme, c’est le naufrage assuré.

La réalité

Ce que font les dirigeants des divers pays ressemblent un peu à ce que fait notre commandant du sous-marin. Ici, nous venons de décider de colmater quelques fuites en maintenant en force jusqu’au 8 février le confinement qui devait se terminer le 11 janvier et en y ajoutant quelques autres restrictions. Par exemple, les lieux de culte seront complètement fermés. On sait très bien en hauts lieux, que les messes dominicales attirent chaque semaine des millions de fervents chrétiens… Ah non! Il appert que c’était vrai il y a 75 ans, mais ce ne l’est plus aujourd’hui. Désolé, mais avec la bureaucratie du MSSSQ et de sa santé publique, l’information ne s’est pas encore rendue au sommet décisionnel.

Aux mesures déjà existantes, on ajoute aussi le couvre-feu, toujours dans le but de protéger la clientèle la plus vulnérable, les 65 ans et plus. Nous savons tous en effet que les aînés sont ceux qui sortent le plus après 20 heures ainsi qu’avant 5 heures du matin.

Il fallait aussi absolument retourner au plus vite nos enfants à l’école. Mais il n’y a pas de danger, les écoles sont des milieux sécuritaires, hyper bien ventilées. De plus, c’est connu, les enfants respectent toujours les mesures de distanciation sociale dans des salles de classe, corridors et aires de jeu qui ont tous, miracle de Noël, doublé de superficie pour permettre cette fameuse distanciation.  Quant aux problèmes de ventilation, pourrions-nous nous montrer ne serait-ce que l’image de l’ombre d’une planification pour doter les écoles de système de ventilation afin d’assurer une qualité de l’air acceptable pour protéger les enfants, les employés des écoles et les parents de ces enfants ? Quelqu’un pourrait-il nous donner, ne fusse qu’une vague idée du coût des rénovations nécessaires afin d’installer ces systèmes ? Et, en passant, cette même personne pourrait peut-être nous dire pourquoi nous avons attendu tout ce temps avant de parler de qualité de l’air ?

Aux entreprises qui doivent absolument demeurer ouvertes pour assurer la survie de notre société québécoise, il faut ajouter bien sûr le hockey professionnel. C’est certain, quand il n’y a pas de hockey professionnel, le seul sujet de discussion restant est la politique. Alors nos chefs tant en santé publique qu’en politique ont préféré entendre le bon peuple critiquer le gérant du club Canadien plutôt que de critiquer notre premier ministre ou encore la direction de la santé publique.

Autres paradoxes

Deux grands paradoxes ont aussi jeté de l’ombre sur la crédibilité de nos dirigeants. Le premier pourrait s’intituler : Ce qui est bon pour pitou est bon pour minou.  Nous le savons tous, certains de nos élus ont eu la brillante idée de partir en voyage vers des pays plus chauds durant la période des Fêtes. Mais pour certains de ceux-ci tant la couverture médiatique que la réaction des chefs de partis ont été bien différentes selon qu’il s’agissait d’un membre du parti au pouvoir ou d’un membre d’un parti de l’opposition.

Le deuxième paradoxe, et non le moindre est la solidarité qu’on implore pour le public par rapport aux dissentions qu’on affiche allègrement en points de presse. On ne peut pas d’une part exiger et encourager chacun à se conformer à des normes sévères par besoin de solidarité et d’autre part, se quereller sur la place publique en blâmant tantôt le fédéral pour le manque de doses ou le provincial sur la lenteur de la vaccination. Tout le monde sait qu’à Ottawa, nous en sommes à la préparation de l’élection de l’automne 2021 et qu’au provincial, la lourdeur bureaucratique et administrative de notre monstrueux MSSSQ ralentit la distribution et l’administration des vaccins. Alors de grâce, messieurs nos premiers ministres, cessez d’utiliser les points de presse que nous vous offrons, pour régler vos « qué-guerres » personnelles et prêchez par l’exemple, soyez solidaires. Seule une telle attitude pourra nous inciter à mieux suivre vos directives.

Et peut-être qu’ainsi notre sous-marin aura le temps de remonter à la surface et sauver ses passagers.