Le mot de l'éditeur

19. juin, 2021

Le célèbre auteur, poète et parolier français Hervé Desbois écrivait : « La vie est un bon professeur. Encore faut-il savoir l’écouter ». Malheureusement, ces mots ne semblent pas avoir traversé l’Atlantique et amerri au Québec. Un exemple parmi tant d’autres : au début des années 2000, le gouvernement du Québec décidait d’assainir les dépenses en santé. Le terme utilisé (assainir) était en réalité un euphémisme qui se traduisit, entre autres, par le remplacement des médicaments brevetés (aussi appelés médicaments d’origine) par des médicaments génériques. Avec cette réforme et le courant de mondialisation qui faisait alors rage, les grandes compagnies pharmaceutiques dont les sièges sociaux, les laboratoires de recherche et les usines de fabrication se trouvaient surtout au Québec, ont déménagé leurs pénates dans des endroits du globe où les coûts en recherche et développement étaient moins élevés et où ils pouvaient vendre leurs produits à meilleurs coûts. Cela prendra près de deux décennies avant que des structures de recherche puissent à nouveau émerger dans notre province. Voilà une preuve bien sentie que le prix le plus bas n’est pas toujours la meilleure solution. Nous traversons une pandémie où le rôle des vaccins est primordial. Mais, nous n’avons plus d’usine de production. Alors nous importons ces vaccins d’autres pays qui, eux, ont préservé leurs centres de recherche et de production de médicaments. Cependant, à quel coût avons-nous obtenu ces vaccins ? Ce léger détail n’est pas encore rendu publique…

Une annonce en catimini

Mardi dernier, c’était jour de fête au Québec. Notre premier ministre allait enfin annoncer son programme de déconfinement. Déjà depuis la veille, des coulages orchestrés dans les médias assuraient une omniprésence médiatique de cet événement tant attendu. Lundi le 17 mai 2021, mardi le 18 mai et mercredi le 19 mai, les médias ne parleraient et n’écriraient pratiquement que sur ce déconfinement. Alors quelle aubaine que de pouvoir profiter de ce tsunami médiatique favorable au gouvernement pour annoncer par un communiqué de presse : Le ministre Christian Dubé annonce un virage vers les médicaments biosimilaires ( https://www.newswire.ca/fr/news-releases/le-ministre-christian-dube-annonce-un-virage-vers-les-medicaments-biosimilaires-886898453.html ). C’était probablement certain dans l’esprit des stratèges en communication du Ministère que cette annonce n’allait pas provoquer trop de remous dans l’opinion publique.

Pourtant un débat s’impose

Lorsqu’il avait été question de prioriser les médicaments d’origine par les médicaments génériques au début des années 2000, la réponse était purement économique : d’origine ou génériques, l’un était la copie conforme de l’autre. Une fois que l’acide acétylsalicylique était connu (la fameuse Aspirin©), on accordait un brevet d’une durée prédéterminée au fabricant pour qu’il puisse récupérer les sommes qu’il avait investies en recherche et développement de ce produit, après quoi tous les autres laboratoires pouvaient fabriquer le même produit et le vendre à moindre coût.

Biologiques ou biosimilaires ? La question à plusieurs millions de dollars. D’abord un peu de sémantique pourra nous jeter un premier éclairage. Un médicament biologique est fabriqué par des cellules vivantes d’où son nom de biologique. Un exemple facile, d’actualité et grandement simplifié ici : les vaccins. Ils sont fabriqués par des cellules en culture à qui l’on présente une bactérie ou un virus. Puis les antigènes seront extraits de ces cultures, purifiés et inactivés avant d’être mis en fioles et distribués comme vaccin. Les vaccins sont donc des médicaments biologiques et, en passant, leurs prix sont tout-à-fait abordables. Il existe des médicaments biologiques très dispendieux et ce sont de ceux-là dont il est question. Leurs implications monétaires peuvent devenir un frein aux traitements. Il faut bien lire peuvent devenir un frein et non représentent un frein aux traitements. Car il existe des solutions qui permettraient à toutes les parties d’y trouver leur compte : les gouvernements qui doivent dépenser avec économie, les compagnies pharmaceutiques qui doivent rentabiliser les coûts reliés à la recherche et à la fabrication de ces médicaments et, on l’oublie trop souvent, le patient qui en a besoin. Tous ces gens sont prêts à négocier de bonne foi une formule où tous en sortiraient gagnants. Mais il faut leur accorder l’occasion d’avoir ce débat.

La solution

Comme je l’écrivais le 13 mai 2019 dans le HuffPost : « Bien humblement, plutôt que de s’enliser dans les grands discours de ce qui serait le mieux entre biologique ou biosimilaire, je suggèrerais qu’on assoit à la même table : le MSSSQ, les pharmaceutiques et… les patients (peut-être via le bureau des usagers) afin que tous présentent leurs arguments. Pour assurer le succès d’une telle entreprise, deux conditions sine qua none s’imposent.

1)      Les dés ne doivent pas être pipés.

En d’autres termes, les prémisses de départ ne doivent pas s’appuyer sur des préjugés et ne doivent pas être une tentative de camoufler sous les traits d’une consultation une finalité non avouée de promouvoir tous azimuts un « non-medical switch », ce qu’on pourrait traduire par un changement de médicament qui ne répond pas à des objectifs strictement médicaux.

2)      Chacune des parties doivent être équitablement entendus (nombre et durée des interventions)

Il faut se rappeler que l’objectif ici n’est pas d’éliminer les médicaments biologiques pour les remplacer par des biosimilaires. Il faut en arriver pour le bien-être des patients à une saine coexistence de ces médicaments.

En résumant, on pourrait dire qu’il faut continuer à favoriser le médicament biologique de référence si nous voulons encourager la recherche de nouveaux médicaments ou de nouvelles applications à des médicaments existants tout en laissant un espace pour les biosimilaires afin de maintenir une saine pression sur les prix. » ( https://quebec.huffingtonpost.ca/jacques-beaulieu/medicament-biologique-biosimilaire-generique-patient_a_23715467/ )

Y a-t-il une oreille pour le patient dans ce ministère ? Ou, ferons-nous comme au début des années 2000 lors du passage aux médicaments génériques non pas en ménageant mais plutôt en sacrifiant la chèvre et le chou ?  Souvent, on se souvient de ce qu’on veut bien et on oublie ainsi les erreurs du passé. C’est pourquoi tant dans le passé que dans le présent, on en arrive à oublier le patient qui a besoin de ces médicaments. Pouvons-nous espérer que cela change dans le futur ? La réponse nous appartient ministre, pharmas et… patients.

13. juin, 2021

Ne nous offusquons pas d’entrée de jeu ! L’utilisation du mot vieux est ici prise dans sa définition littérale : qui a vécu longtemps. Eh oui, nous avons vécu longtemps. Personnellement, j’approche les 73 ans. La période que nous traversons et celles qui s’en viennent, nous fournissent bien des raisons de vivre plus longtemps et surtout de vivre plus heureux pendant plus d’années. Par rapport à celles et ceux qui nous suivent et qui sont plus jeunes, nous, les plus âgées avons un avantage énorme : l’expérience. Durant notre existence, nous avons dû affronter de nombreux et variés obstacles : décès d’êtres chers, revers de fortune, maladies, pertes d’emplois, déménagements, etc... Et surtout, nous avons réussi à y survivre. Nous avons donc réussi à durer malgré bien des changements. Qui plus est, nous formons aujourd’hui une grande partie de la population. En 2020, le Québec comptait 2 800 centenaires et tout près d’une personne sur cinq était âgée de plus de 65 ans. Cette force que nous avons tant en termes d’expérience que de nombre, nous offre l’occasion extraordinaire d’en faire profiter tous nos concitoyens. Nous, les personnes âgées, pouvons avoir un rôle immense dans le succès de l’après pandémie. Nous devons utiliser nos savoirs et nos vécus pour aider notre société à se relever des conséquences psychologiques, physiques et sociales qu’aura eu cette pandémie sur l’ensemble de la société. Quelle forme cette utilisation de nos expériences va-t-elle prendre ? Cela reste à déterminer et c’est à nous de la trouver. Et, cette idée m’a rappelé un livre que j’ai eu le bonheur d’écrire avec le psychiatre Edouard Beltrami. Le livre s’intitule Prévenir le burnout, s’en sortir et survivre à la guérilla administrative et est paru en juin 2005 aux Éditions Logiques. En voici donc un extrait :    

Comment développer des attitudes saines.

Généralement, les individus vont développer deux attitudes face à une maladie ou à un événement particulier. C’est ce que les anglophones appellent le locus of control. Certaines personnes vont penser ou sentir qu’ils sont contrôlés par l’extérieur et vont vouloir que l’extérieur change avant de faire quoique ce soit.  Ils ont l’impression que les facteurs extérieurs à eux sont responsables de leurs problèmes et tentent de trouver à l’extérieur des personnes, médecins ou autres, pour les aider. Ces gens-là fonctionnent beaucoup moins bien que ceux qui situent leur lieu de contrôle à l’intérieur d’eux-mêmes. Ces derniers vont plutôt réfléchir en se disant qu’ils viennent de subir une épreuve qui va leur permettre de découvrir leur force interne. Ceux qui pensent ainsi s’en sortent mieux.  Toute lecture et toute forme d’apprentissage qui va favoriser cette forme de pensée va aussi favoriser une guérison plus rapide et surtout plus définitive.  Il faut bien savoir que des épreuves difficiles sont inexorables et les changements inévitables. Bien des gens cultivent malheureusement l’illusion de la stabilité au travail et dans leur vie. En entrant au service d’une grosse compagnie, ils veulent croire qu’ils ont l’assurance de ne jamais manquer de travail s’ils font correctement leur boulot. Mais le monde n’est pas immobile et ils devront réaliser que des changements peuvent et vont survenir. Certains de ceux-ci leur seront favorables et d’autres, défavorables. D’ailleurs lors d’un séminaire sur le changement, le directeur de la compagnie informatique DELL qui vend ses ordinateurs quasiment uniquement par la poste, s’étonnait qu’on se pose encore des questions sur le changement. Dans son entreprise, depuis le tout début, il n’avait vécu que du changement et que son entreprise s’était d’ailleurs bâtie que sur le changement. Une autre attitude gagnante s’appelle bénévolat.  Les chercheurs se sont vite aperçus que les personnes qui se vouent à une cause s’en sortent en général bien mieux que les autres. Nous l’avons déjà souligné, un peu d’altruisme fait parfois toute la différence. Lorsqu’on a voulu aider les jeunes qui éprouvaient des tendances suicidaires, nous leur avons dit : « Un être humain, n’est pas une île déserte. Plus un être humain est loin des autres, moins il est connecté aux autres, plus il a de difficultés à s’en sortir. »  Les liens sociaux, la famille, le travail, l’église, les clubs sociaux ou sportifs sont tous des moyens pour éviter l’isolement. Il faut aussi comprendre que l’autre, même s’il a des défauts, même s’il ne convient pas parfaitement à mes attentes, va quand même m’aider personnellement. Il est possible d’apprendre autant sinon plus des gens qui présentent des imperfections que des autres qui nous semblent parfait. Comme la perfection n’existe pas, il est probablement plus efficace de tenter de nous entendre avec les gens qui nous entourent et de leur trouver des qualités. Évidemment, il est plus difficile d’être optimiste en période de burnout mais tout livre optimiste que vous lirez vous aidera. De plus si on peut trouver un sens à nos souffrances, on s’en sort beaucoup mieux comme l’ont montré les rescapés des camps de concentration. Preuve que l’être humain peut toujours tirer des leçons même à partir des pires horreurs.

5. juin, 2021

Nous avons tous appris à opérer, que ce soit le travail quotidien, pourvoir aux besoins de notre famille ou encore diriger une entreprise ou même un pays. C’est donc du travail et des opérations de chacun que la société peut non seulement survivre mais aussi évoluer. Mais pendant des dizaines d’années, nos gouvernements nous ont appris qu’ils opéraient pratiquement en vases clos sans tenir compte des avis de la population qui les a élus.

Comme j’ai eu l’occasion de signer ou co-signer 38 livres durant ma carrière, l’édition est un domaine que je fréquente depuis plusieurs décennies. Jusqu’au début des années 2000, trouver un éditeur était relativement facile. C’était la belle époque où les maisons d’édition recevaient de généreuses subventions du gouvernement fédéral. Le gouvernement Harper, soucieux de bien opérer, décida de mettre fin à ces aides de l’état à l’édition. La mathématique paraissait simple : chez nos voisins du sud, il n’y avait pas ces subsides du gouvernement et le monde de l’édition s’y portait à merveilles. Mais si le gouvernement conservateur de l’époque avait consulté les éditeurs, avant d’y imposer le couperet, ils auraient vite compris que les États-Unis, compte près de dix fois plus de population que le Canada, donc dix fois plus d’acheteurs potentiels de livres. Quinze ans après ce geste unilatéral ici, pour un auteur, trouver un éditeur devient de plus en plus ardu.

Pour revenir à la santé et à la pandémie que nous traversons, encore ici, les idéologies du passé nous rattrapent. En exemple : pendant des années, le Québec était sans aucune équivoque le lieu privilégié au Canada de la recherche scientifique. Pratiquement toutes les grandes compagnies pharmaceutiques avaient leur bureau-chef canadien, leurs installations de recherche et leurs usines de fabrication de médicaments au Québec. Mais les politiques du début des années 2000 allaient changer la donne. Pour bien gérer un état, il fallait couper les prix et les coûts en santé. Cette « saine » opération de l’État ajoutée à une mouvance de mondialisation, allait mettre fin à cet âge d’or de l’industrie pharmaceutique ici. Puis, en vingt ans, le marché a pu avec des cycles de haut et de bas, reprendre du poil de la bête.

Fin des opérations, début des coopérations

L’arrivée de la pandémie allait mettre à mal ces élans de radinisme de nos gouvernements et pour cause ! Un beau matin, nous nous sommes trouvés confrontés à cette triste réalité où nous avions besoins de vaccins et… il n’y avait plus de fabricants capables de fournir des vaccins au pays.  Oups ! un examen de conscience s’impose, et un changement de paradigme aussi. Et, paradoxalement, l’exemple nous est venue en grande partie par le monde de la recherche pharmaceutique.

Ce qui avait été impossible durant toute l’histoire de l’humanité est alors arrivé. Grâce à un effort de tous les chercheurs à travers le monde, nous avons pu, en moins d’un an, mettre au point des vaccins capables de neutraliser cette désastreuse COVID-19. Cet élan de solidarité et de coopération aura été le maillon qui nous permettra de vaincre enfin cette pandémie.

Nos gouvernants en viendront-ils à adapter leur gestion de l’état ? Traverseront-ils avec succès ces passages de l’opération à la coopération ? L’exercice est pourtant plus difficile qu’il en appert. Passer du « j’ai été élu pour prendre et assumer des décisions » au « je vais consulter et ajuster mes décisions aux divers consensus apportés » comporte son lot de risque. Deux exemples s’imposent. Du côté fédéral, le CEPMB (Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés), l’organisme chargé, entre autres, de fixer les prix des médicaments au Canada continuera-t-il à imposer ses dictats ou acceptera-t-il enfin de s’asseoir et d’établir une véritable coopération avec l’industrie pharmaceutique ? S’il ne l’a pas fait à ce jour, ce n’est certes pas par le manque d’invitations de l’industrie en ce sens.

Sur le plan provincial, le gouvernement s’engagera-t-il enfin à ébranler les structures du titanesque MSSSQ entre autres en décentralisant budgets et gestion du réseau et en le démocratisant par l’ajout du Bureau des usagers ? Il est certain que, tant pour l’exemple du fédéral que celui du provincial, changer est synonyme de risque. Mais il faudra bien trouver les mots pour leur expliquer que l’opération sans coopération serait encore pire.

« Le sang sèche vite en entrant dans l’histoire »

chantait Jean Ferrat dans sa chanson intitulée : Nuit et brouillard. Ainsi, nous risquons bien d’avoir oublié les séquelles de la pandémie de la grippe espagnole qui sévissait il y a cent ans. Lorsqu’enfin cette pandémie s’éteignait, les populations se sont lancées dans les réjouissances ce qui valut le terme : années folles attribué à ces 8 ans qui ont succédé à la crise. C’était une période intense d’activités sociales, culturelles et économiques. Mais comme à l’époque, le support de l’état était quasi inexistant, le tout s’est terminé par la grande crise économique, la Grande Dépression comme on l’appelait alors qui ravagea le monde industriel pendant les 10 ans qui suivirent (1929-1939) et qui ne se termina qu’avec le début de la deuxième grande guerre mondiale (1939-1945).

La seule solution qui s’impose pour éviter de connaître le même sort aujourd’hui est de faire comme l’univers des sciences vient de nous démontrer et cela s’appelle : la coopération. Cela s’applique dans le milieu scientifique, le milieu culturel et le milieu économique. Sinon, au Canada l’accès aux médicaments rétrécira comme peau de chagrin et au Québec, le système de santé s’écoulera sous son propre poids tandis que les prix des logements deviendront inaccessibles pour de plus en plus de gens. C’est ce à quoi les opérations comptables nous amèneront si nous ne passons pas enfin en mode coopération.

30. mai, 2021

Plus de 250 000 personnes, femmes, hommes et enfants, en souffriraient au Canada. Qu’en est-il exactement de ces maladies ? Il faut comprendre que les premiers symptômes de la maladie sont souvent difficiles à identifier. Dans la majorité des cas, le tout commence entre 15 et 25 ans, par des problèmes qui se confondent aisément à ceux d’une gastro-entérite. Il y a des crampes abdominales, de la diarrhée et des vomissements. Puis ces symptômes s’estomperont, toujours comme s’il s’était s’agi d’une infection intestinale. Plus tard, le tout réapparaîtra. Souvent les médecins croiront être en présence d’une réinfection. Le vrai diagnostic pourra prendre un certain temps avant de devenir officiel. Il n’y a pas de tests sanguins qui peuvent détecter spécifiquement la maladie de Crohn. Une radiographie après une coloration au baryum peut souvent corroborer le diagnostic. Sinon une colonoscopie ou une biopsie pourront être requises. Les doutes se clarifieront souvent par d’autres symptômes qui apparaîtront et dont nous parlerons plus loin. Avant d’y arriver, examinons ce que sont ces maladies. 

La maladie de Crohn et la colite ulcéreuse sont deux maladies inflammatoires de l’intestin (MII). Pour bien comprendre les effets de ces maladies, il convient de connaître certaines données importantes concernant ce que nous appelons communément les intestins.  Bien des gens croient que les intestins servent à évacuer ce qui reste de notre alimentation. Voilà une simplification toute aussi erronée que fréquente. Lorsque nous mangeons, déjà dans la bouche débute la première partie de la digestion. La mastication avec l’aide de la salive commencera à digérer les sucres complexes. Puis cette digestion se continuera dans l’estomac où non seulement les sucres, mais aussi les protéines continueront à être dégradés. Dans la première partie de l’intestin grêle (aussi appelé petit intestin), commencera la digestion des graisses sous l’action de la bile qui y est sécrétée par la vésicule biliaire. Les sucres complètement digérés fourniront du glucose, les protéines se transformeront en acides aminés et les graisses en lipides simples. Glucose, acides aminés et lipides (les nutriments) devront être assimilés dans le circuit sanguin pour nourrir l’organisme. Ceux-ci sont récupérés dans le petit intestin surtout au niveau jéjunum et de l’iléon. Finalement, au niveau du colon (ou gros intestin), l’eau et les vitamines que contiennent les aliments sont récupérées et retournées dans le système sanguin. Pour être en mesure de réinsérer tous ces nutriments dans la circulation sanguine, la paroi de l’intestin est hautement vascularisée et formée de milliers de replis qui permettent d’augmenter la surface entre le contenu de l’intestin et les vaisseaux sanguins.

Dans le cas des MII, c’est précisément cette paroi qui souffrira d’inflammation. Pour comprendre ce qu’est une inflammation, il suffit de se rappeler la dernière fois que l’on s’est donné accidentellement un coup de marteau sur un doigt. Une inflammation a alors rendu la peau très rouge, chaude, gonflée et dure. Dans le cas du coup de marteau, nul n’est besoin d’être grand savant pour dire que pour éviter une inflammation douloureuse de la peau du pouce, il est préférable d’éviter de le frapper avec un marteau. Dans le cas de la maladie de Crohn ou de la colite ulcéreuse, le problème est qu’on ne connaît pas la cause de cette inflammation. Certains gènes viennent d’être mis en relief, ce qui expliquerait, entre autres, la présence de ces maladies plus fréquentes dans certaines familles que dans d’autres. Les symptômes peuvent varier d’un individu à l’autre tant par leur fréquence que leur sévérité. Les MII sont des maladies chroniques. Il n’existe pas, à ce jour de traitements, de médicaments ou de conseils alimentaires capables d’arrêter définitivement la maladie. Cependant, selon les cas, des chirurgies peuvent être pratiquées ou des médicaments à base de cortisone, comme la prednisone qui doivent être administrés avec prudence surtout s’il s’agit d’un traitement sur une longue période. D’autres anti-inflammatoires peuvent aussi être utilisés. L’objectif premier est de diminuer l’inflammation et de contrôler les douleurs. À cet arsenal, il faut ajouter les antibiotiques, la sulfasalazine et le 5-AAS, les immunosuppresseurs, les stéroïdes et les médicaments biologiques. D'autres techniques peuvent aussi aider les personnes souffrant de MII.

Cependant d’autres impératifs s’ajouteront. Ainsi, comme nous l’avons vu, le rôle premier de l’intestin est de récupérer les nutriments (glucose, acides aminés, lipides, vitamines et eau) essentiels à la survie de l’organisme. Lorsque la paroi de l’intestin souffre d’inflammation, cette absorption devient très difficile si bien que les patients souffrant de la maladie de Crohn, par exemple, pourront perdre rapidement beaucoup de poids. Ils seront aussi plus enclin à souffrir d’anémie (manque de fer dans le sang) et d’autres troubles de déficit alimentaire. Une des façons d’aider ceux qui souffrent de ces affections est de définir des diètes qui permettront d’éviter le plus possible ces carences.

Ceux qui sont atteints de MII doivent de plus surveiller d’autres manifestations. Chez les adultes, nous rencontrons surtout de l’arthrite douloureuse surtout dans les grandes et moyennes articulations, diverses inflammations de la peau (par exemple de l’érythème noueux, nodules rouges apparaissant sur la partie avant des jambes) et des yeux (épisclérite et uvéite). L’épisclérite est une inflammation de la partie blanche de l’œil. Elle n’est pas douloureuse et ne porte pas à conséquence. Par contre l’uvéite est une inflammation de la partie colorée de l’œil qui peut être douloureuse et même conduire à la cécité.  Chez les enfants, les symptômes principaux se situent d’ailleurs au niveau de ces manifestations extra-intestinales (inflammations de la peau et des articulations) et parfois même ils n’auront ni crampes abdominales, ni diarrhée. Un autre symptôme chez eux est une croissance qui soudainement se ralentit.

Il semble que le Canada possède une des incidences les plus élevées au monde de la maladie de Crohn sans qu’on en connaisse vraiment la cause. Ceux qui en souffrent doivent s’assurer d’obtenir un diagnostic précis dans les meilleurs délais, ne serait-ce que pour éviter de passer d’un traitement à un autre sans obtenir de résultats. Une fois le diagnostic trouvé, le patient devra établir une bonne relation de confiance avec son médecin traitant. Ce n’est pas toujours facile car les patients, devant des résultats parfois décevants, sont tentés soit d’abandonner les traitements ou encore de se tourner vers des thérapies dites alternatives. C’est profondément humain que de chercher l’espoir partout où l’on peut. Il convient cependant de conserver un certain réalisme et d’informer son médecin traitant de toute thérapie ou potion plus ou moins naturelle que l’on serait tenté d’essayer. En adoptant une telle attitude, si des changements surviennent dans l’évolution de la maladie, il devient possible de réagir à temps. Sinon, on doit se fier à ce que nous appelons la pensée magique. Les résultats sont alors aussi imprévisibles que dangereux.  Pour une information fiable : https://crohnetcolite.ca/

15. mai, 2021

Que ce soit pour la santé physique ou la santé mentale, notre système ne répondait pas très bien aux attentes avant la pandémie. Nous n’entreprendrons pas ici, une étude exhaustive de ces manquements, mais parmi les lacunes d’avant la pandémie, signalons la difficulté à trouver un médecin de famille, les listes d’attentes en chirurgie, l’engorgement des hôpitaux, les services aux personnes âgées, etc., etc. Quant aux services informatisés, les cafouillages (et les coûts) n’ont cessé de se succéder, sans pour autant atteindre une efficacité normale. Il semble que les gouvernements passés n’aient été allergiques qu'à la seule lettre « D » comme dans dépolitiser, décentraliser et démocratiser. Le seul espoir : le gouvernement actuel, profitant d’une cote d’amour et de fidélité inhabituelle, profite de cette occasion, unique dans l’histoire, pour engager les réformes nécessaires pour la vie et la santé physique et mentale de toute notre société après la pandémie.

Et pour la vie sociale ?

S’il est une qualité qu’on ne saurait nier à notre population en termes de problèmes sociaux, c’est bien celle de l’immuabilité. En voici un bien triste exemple :

Nous étions alors en 2001 et je venais de terminer l’écriture d’un livre avec un psychiatre. Le titre du livre : Au secours des femmes. Et il fut fort bien accueilli par le milieu tel que souligner par de nombreux commentaires publiés alors tant dans La Presse que dans d’autres médias. Par exemple, dans La presse du 8 septembre, Marie-France Léger écrivait : « En 2000-2001, le taux d’occupation des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence a atteint 88%, soit une augmentation de 5% par rapport à l’année précédente. » Dans le même article, madame Léger note qu’en 2000, il y avait eu 19 femmes tuées dans des drames conjugaux. Force est de constater que les chiffres actuels n’ont rien à envier à ceux d’il y a... 20 ans.

Mais il y eut un hic : le livre est paru en librairie le 8 septembre 2001 et trois jours plus tard, il y eut le 11 septembre 2001. La planète entière n’eut alors d’autres préoccupations que ces évènements tragiques. La défense des femmes battues retourna aux oubliettes.

Vingt ans plus tard, il semble bien que trop peu ait été fait pour contrer ce désastreux et honteux phénomène social qu’est la violence faite aux femmes. Nous venons à peine de subir collectivement cette vague de 10 féminicides et il semble poindre enfin des solutions aussi diversifiées que nécessaires : augmenter les budgets de soutien, obliger le port de bracelets électroniques pour les hommes violents et la création d’un comité visant à enrayer les crimes contre les femmes et les féminicides. Toutes ces actions sont aussi louables que nécessaires.

Mais il reste un volet oublié, il s’agit de la prévention. Il faut agir auprès de tous nos jeunes adolescents afin que les garçons réalisent la portée des gestes de violence envers les femmes et que les filles puissent détecter des comportements problématiques avant même leurs apparitions. Derrière les élans romantiques de jeunes Roméo éperdus se cachent parfois l’aube de comportements manipulateurs, contrôlants et éventuellement dangereux ou même tragiquement mortels.

En 2001, j’avais écrit une pièce de théâtre que j’avais intitulée : Quand Roméo devient Pierre. Mon idée était d’en organiser une tournée dans toutes les écoles secondaires du Québec. Mais les événements du 11 septembre, comme cités d’entrée de jeu, ont mis fin à ce projet qui est ainsi, mort dans l’œuf. En mars dernier, j’ai donc relancé l’idée auprès des instances gouvernementales concernées.

Mon seul vœu est qu’il se concrétise avant qu’une autre catastrophe ne relègue encore une fois aux oubliettes le problème de la violence faite aux femmes et les féminicides. Parfois, l’histoire a une bien fâcheuse tendance à se répéter et ce, pour son plus grand malheur et, en l’occurrence ici, celui des femmes.

En résumé, notre système de santé était déjà bien malade avant la pandémie, se détériora durant la pandémie et nous espérons enfin un miracle pour l’après pandémie.